Calvaire de Bijombo: Narratifs & Mobilisation Opposants Bafuliro contre Banyamulenge?


Le groupement de Bijombo se situe dans le territoire d’Uvira, en Province du Sud-Kivu. Il est principalement habité par le Banyamulenge (formant la majorité), la communauté Bafuliro, Bavira, Banyindu et moins de Babembe possible. La première communauté a pour base Minembwe bien sûr mais Bijombo est le seul groupement parmi les entités de base—chefferies qui est traditionnellement géré par celle-ci. Ce groupement connait actuellement un calvaire où se voient « pendus » le Banyamulenge, le Bafuliro et au milieu d’entre eux, les innocents.

Ces innocents représentent la grande partie de la population locale qui ne souhaite plus voir leurs localités sombrer dans les affrontements sans fin. Ils ont été imposés ce calvaire par une main invisible dont les motivations me restent encore inconnues. Il peut s’agir du manipulateur voulant en tirer profit ou soit une conséquence de l’absence d’état de droit exploitant la fragilité socio-économique et culturelle ; et la suite serait que ces affrontements peuvent constituer une source de conflit aux conséquences imprevisibles.

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Visite du Gouverneur Marcellin Chisambo a Bijombo

L’histoire rappelle que le Sud-Kivu a été la première où est parti la guerre dite de libération de 1996. Son origine et ses contours restent controversés mais la contestation de nationalité de certaines communautés du Kivu fut parmi les paramètres exploités par les politiques pour justifier ou mobiliser pour la guerre. Bien que les mobiles et motivations puissent différemment être interprétés, l’histoire retiendra tout de même que les questions communautaires furent sur la liste de griefs qui ont embrasé tout le territoire Zaïrois dans un bref délai.

Hormis les faiblesses de forces de sécurité de contrôler tout le territoire, depuis quelques années Bijombo était parmi les contrées apparemment calmes et l’image promettait une cohabitation entre groupes socio-culturels vivant dans ce groupement. Le refus du « paternalisme—parrainage » de Banyamulenge aurait grandement joué au profit de l’accalmie de cette région en particulier et celui du Sud-Kivu en général. Le lecteur se rappellera que les tentatives du phénomène M23 auraient accouchées une souris dans son plan de s’étendre au Sud-Kivu. Ce refus fut une position catégorique qui s’inscrit dans la logique partagée par nombreuses communautés de la région de trouver une solution interne.

La semaine du 10-17 Avril 2017, le Groupement de Bijombo était sous le feu de miliciens dont l’origine serait la mort de deux personnes (femmes malheureusement) membres de la communauté Bafuliro. Ils avaient été abattus par des hommes en armes non autrement identifiés alors qu’ils partageraient le village avec leurs voisins Banyamulenge. Les deux victimes appartenaient à une famille dont l’un de ses membres aurait été suspecté d’avoir fait allégeance aux miliciens Maimai de la région. Des tels incidents sont innombrables dans cette région au point que toutes les possibilités sont à exclure et à inclure. Pour mieux situer le lecteur, il est à retenir que Bijombo a plusieurs groupes armés dont Maimai composé principalement par les hommes en armes appartenant à la communauté Bafuliro, alors que Gumino est composé principalement par le Banyamulenge. En Mars 2016, les échauffourées avaient opposé le Gumino contre les Forces Armées de la RDC sur de bases « sélectives » car les Maimai n’ont pas été visés alors qu’au départ, le conflit semblait se situer dans les rivalités de ces deux groupes en armes et le contrôle de sources de revenus tirées dans l’accompagnement les commerçants ambulants.

La complexité de griefs existants ainsi que les narratifs peuvent amener le bloggeur à confondre le lecteur, mais il s’agit de causes et mobiles à différents niveaux. En plus de cela, il faudra rappeler que la majorité de ces Maimai avaient décidé, après la défaite du M23, de réintégrer les FARDC et ont passé plusieurs mois à Uvira sans que le processus ait abouti. La suite était qu’ils ont décidé de reprendre leur « carrière des armes ». D’autre part, ceux appartenant au groupe dit Gumino ont, depuis fin 2012, été en attente d’intégration selon les indiscrétions provenant de leurs proches se trouvant à Kinshasa. Etonnement, le Chef de Groupement de Bijombo avait été attaqué et blessé par de hommes en armes au mois de Juillet 2016 dans une tentative qui s’interprétait comme une réaction à la visite du Gouverneur Marcellin Chisambo à Bijombo. Il aurait confirmé sans ambages que le Groupement de Bijombo appartenait à Monsieur Kabarure comme chef traditionnel-coutumier, position qui n’aurait pas plu à ses détracteurs. La contestation de Kabarure dans son groupement de Bijombo semble avoir une tournure de la contestation généralisée de sa communauté—objet d’une grande mobilisation chez tous les Banyamulenge partout au monde et cela dans un contexte de la jungle.

En plus de multiples griefs qui n’ont pas été résolus durant ces dernières décennies ainsi que la gestion du processus de démobilisation—intégration— qui connait plusieurs failles, mes impressions me font croire que la région peut sombrer dans la violence perpétuelle. Il est important de retenir que le paysage socio-culturel et politique du Sud-Kivu  est tout à fait différent du Kasai—phénomène Kamuina Nsapu mais aussi du Tanganyika où lesdits « Bantous » affrontent les « pygmées ». Les informations qui pourront se confirmer pointent du doigt à la présence de groupes armes étrangers dont certains sont encore à identifier. Du Palpe-Hutu FNL du Général Nzabampema, aux miliciens dits FDLR qui peuvent ne pas l’être, on dirait qu’il y a d’autres qui tenteraient de s’y installer dans les perspectives du conflit régional autour du Burundi et la main de son voisin, le Rwanda. Et quelques indices se font voir vers le grand Sud du Sud-Kivu dans la région de Lusenda-Baraka où on soupçonnerait quelques manœuvres militaires dans ses moyens plateaux. Toutefois, l’avenir de Bijombo et du Sud-Kivu en général dépend largement de la cohabitation entre groupes communautaires que de la volonté de l’élite ou de Kinshasa.

Les conséquences de ces affrontements de Bijombo sont énormes au point qu’elles ont fait plusieurs morts mais aussi de déplacés. Une quinzaine de villages appartenant aux deux communautés ont été saccagés et brulés en entièreté durant ces violents affrontements qui les opposent. Par surprise, on a signalé usage d’armes calibres et létales—lourdes comme Kalachnikov et machines guns— dans les mains de miliciens au point que leurs origines restent inconnues. Les Banyamulenge se sont concentrés dans les villages distants de la ligne de front alors que la majorité de la communauté Bafuliro auraient constitués un bouclier humain dans les mains de Maimai. Ils seraient dans les forêts de Rubuga—Magunda ; une zone où ils auront difficiles à accéder aux facilités et produits de base nécessaires pour la survie. Tous ces déplacés ont abandonné leurs champs, les villages qui n’ont pas été brules se sont vus saccager au point que tous ces victimes n’ont plus de biens ménagers. Les enfants auront difficilement accès aux infrastructures scolaires comme d’habitude et l’accès aux marchés devient de plus en plus limité à ces innocents. La fragilité s’accentue mais aussi la suspicion mutuel entre communauté.

Une communauté ethnique garantirait moins la sécurité à une autre ; d’où la nécessité de l’autorité de l’état à y être déployé ainsi que la neutralité de forces de sécurité. Il est important de reconnaitre que des efforts  ont été déployés par les gouvernants au niveau central que provincial pour calmer cette crise. La présence des FARDC pourrait largement contribuer à l’accalmie bien que leur intervention ait connu une lenteur notable. Il est impérieux de bien saisir cette opportunité pour rappeler que des griefs existent et que leurs solutions ne se trouvent pas dans l’usage de force ou à imposer par la tenue militaire. Les raisons derrière ces affrontements inattendus sont multiples et peuvent s’inscrire dans le positionnement autour de la crise socio-politique au niveau central. Les manipulateurs, en exposant de vies humaines, trouveraient une occasion de s’attirer l’attention comme sapeurs-pompiers. Nonobstant, l’état reste responsable de la sécurité de personnes et de leurs biens sans discrimination aucune.

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Les affrontements epargnent moins toutes les richesses (Proprietes privees)

Cette question doit être gérée dans tous ses contours. Il est important que les déplacés soient assistés avec urgence pour qu’ils aient à manger et à boire et pourquoi pas réhabiliter leurs maisons. L’effort doit être déployé pour sensibiliser ceux qui ont pris fuite dans les forêts afin qu’ils reviennent dans leurs villages et au même moment reconstruire ce tissu social de cohabitation entre groupes ethniques. Il est nécessiteux—urgent d’éviter que ces genres d’affrontements puissent s’étendre dans d’autres zones du haut plateau car cette situation peut dégénérer. Ensuite, une solution doit être trouvée en rapport avec la gestion de ses groupes armés étrangers et la communauté internationale doit veiller à ce que les crises sous-régionales de Grands Lacs ne s’exportent en RDC. Les limites des opportunités socio-économiques contribuent en l’enlisement de ces crises récurrentes ; d’où la redistribution des richesses nationales doit constituer une priorité.

NTANYOMA R. Delphin

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

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