Est du Congo: Crise Electorale, nième Catastrophe Humanitaire, Implosion—Sécession?


Histoire retiendra que l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) a été longtemps caractérisé par d’événements sans précédents liés aux conflits inter-ethniques, guerre en répétition qui ont largement contribué à ébranler le tissu de la cohésion sociale. Ces facteurs s’ajoutant au passé macabre qu’a connu le pays en général. Les crises socio-politiques dans la région de grands lacs n’ont fait qu’envenimer les relations entre groupes ethniques qui souffrent de la fragilité. Ces derniers me semblent n’avoir pas eu dans le temps une occasion de partager ce territoire congolais comme dénominateur commun dû à l’absence d’Etat pendant de milliers de décennies ; ce qui explique cette fragilité en termes de cohésion sociale.

La première implication de cet état de fait est que l’ensemble de groupes ont fait recours aux mécanismes propres de se défendre. Les mécanismes qui s’apparentent à ceux de défense ont abouti à l’émergence de groupes armés à caractère ethnique. A ces milices ethniques s’ajoutent une présence de groupes armés étrangers qui, de fois, faute des forces de sécurité bien entrainées et encadrées trouvent un terrain presque vide où ils se positionnent en « seigneurs de guerre ». Par la suite, ces milices étrangères, constituant une menace pour la population de l’est du Congo que ne l’est pour leurs pays d’origine, ont longtemps servi au prétexte pour justifier toute forme d’invasion ayant pour mission de servir d’intérêts non moins économiques. Malheureusement, moins de réalisations en terme de stabilisation la région de l’Est ont été atteintes de décennies durant indépendamment de la présence pléthorique de milliers de forces de Nations Unies (MONUSCO).

Sur le plan local, nous connaissons actuellement de massacres sans précédent dans le territoire de Beni. Cette tragédie avoisine aux environs de 1500 personnes tuées par de présumés ADF-NALU, la branche terroriste de rebelles Ougandais œuvrant sur le territoire congolais. A ces milliers d’enfants, femmes et hommes innocents, s’ajoutent de dégâts collatéraux ainsi que ce climat d’incertitude qui règne dans Beni et ses environs ; une région qui s’est profondément épuisée. Au même moment, ces conflits entre ethnies s’activent encore sur fonds de manipulations politiques qui ont trouvé « d’opportunités » exploitables de ‘co-optage’. Ces pratiques, en plus de promouvoir la culture de la violence, elles ont longtemps été utilisées dans le souci de rechercher à asseoir la paix. Toutefois, ces pratiques qui font appel pour acteurs ces personnes ayant longtemps (directement ou indirectement) servis au sein  de milices armées continuent de constituer une brèche par laquelle recourent ces « politiciens » sans orientations politiques au sens du mot en vue de se tailler une visibilité.

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Combattants M23 apres la defaite

La crise actuelle que traverse la RDC a ravivé les démons de l’ethnisme—tribalisme—régionalisme. D’une manière particulière, l’Est du Congo est dans une tourmente qui fait que les conflits entre ethnies tendent à s’amplifier au risque d’embraser toute la partie orientale du pays. Nous avançons encore une fois au rythme des atrocités qu’a connues la région vers années 1990 ; 1996-2000. Les groupes armés ne cessent de se renforcer, de se mobiliser et de s’activer comme si la crise est ethnique que politique. La crise électorale pourrait servir d’occasion de règlement des comptes car les griefs des années antérieures n’ont encore pas sérieusement été résolus. Au Nord-Kivu, on assiste présentement aux tueries entre groupes ethniques, principalement Hutu contre Nande ou vice-versa. Le lecteur permettrait qu’on utilise les noms d’ethnies cités dans les journaux bien que personnellement je trouve que les tueurs restent tueurs et ne devraient pas appartenir aux groupes ethniques car n’agissant pas au nom de leurs communautés. Le cas récent de Luhanga n’est qu’un dans plusieurs d’autres qui ont été perpétrés dans quelques mois.

La Province du Nord-Kivu est aussi caractérisée par des rumeurs d’une rébellion en gestation. Des sources difficilement vérifiables croient que des ex-combattants auraient infiltrés la province dans une logique de recommencer leurs aventures. Ces informations dont on ne saurait juger avec certitude accentuent la suspicion ainsi que ce climat de morosité entre groupes ethniques. Il arrive que les autorités relayent de telles informations avec légèreté sans toutefois considérer leurs implications sur la cohabitation sociale. A ces tueries à caractère communautaire s’ajoutent des enlèvements, kidnapping sans précédents dont fait régulièrement face la population de cette province longtemps meurtrie. Tous ces phénomènes ne feront qu’accélérer la mobilisation de milices ethniques qui pourront exploiter aisément la crise électorale dont ils ne sont ni bénéficiaires ni responsables.

La Province voisine du Sud-Kivu avait connu une accalmie depuis quelques années. Toutefois, nous assistons ce derniers temps à de phénomènes qui inquiètent. Le lecteur se souvient du phénomène Yakutumba dont ses bases se trouveraient à Kinshasa qu’à Fizi. Il est le seigneur de guerre qui a su longtemps résisté dans les forêts de Nganji et Ubwali alors qu’il avait à certain moment accepté de rejoindre le processus Désarmement Démobilisation Réintégration (DDR). Il se peut que ses motivations soient plus manipulées que reflètent un engagement sur base de revendications politiques. Son premier soutien se trouve au sein des politiciens qui font le double jeu afin de se tailler une espace implicite de revendications en vue de positionnement politique. Certaines sources croient que Yakutumba ne désarmera pas aussi longtemps que la région du Sud Sud-Kivu ait de groupes armés appartenant à d’autres groupes communautaires. L’observateur informé croit qu’il s’agit de la question « Gumino » qui servirait de prétexte pour refuser tout désarmement. Peut-être avec raison car la question Gumino n’a encore trouvé une réponse adaptée, il y a déjà des années.

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On même moment, on signale la mobilisation des éléments dits Maimai du Général auto-proclamé Mulumba qui opèrent dans la liberté totale dans les zones de Lulenge. On rapporte que ces éléments ont déterré les discours des années 90 qui avaient juré de l’expulsion de certains groupes dits étrangers. Ces nouveaux miliciens jurent par tous les dieux que 2016 sera une année où ils en finiraient avec les étrangers en commençant par ceux-là occupant le sommet d’Etat.  Des tracasseries qui s’accompagnent par ces menaces attestant qu’ils se sont distribués des femmes, vaches et maisons… comme ce fut le temps anciens. Les Mulumbas se font rejoindre par un phénomène inexplicable dit « Lieutenant General Sikatenda Shabani » avec tout le mystère autour de lui. Il y a deux semaines, le Ministre de Provincial du Gouverneur  Chisambo aurait été victime d’une attaque presque ciblée qui a emporté plus de 5 personnes qui l’accompagnait et blessant d’autres. Cet incident s’est déroulé dans la zone de Baraka, tout au long du Lac Tanganyika.

La même zone est citée dans les mouvements et mobilisations autour de personnes politiques qui envoient fonds financiers, équipements et matériels militaires en vue de préparer une possible insurrection/rébellion qui viseraient en premier lieu ceux-là considérés à tort comme fanatiques du pouvoir en place. En plus de cela, Baraka et ses environs est souvent cité dans les mouvements suspects liés à la crise Burundaise. De sources qui restent à vérifier croiraient que de sites d’entrainement militaires se sont érigés dans cette zone. Cette situation impliquant une présence des éléments Burundais incontrôlés couvre un large territoire allant de Baraka jusqu’en plaine de Rusizi. La région tend à devenir de plus en plus instable connaissant de ramifications de toute part dont on aurait difficile à déchiffrer les mains téléguidant. Tous ces facteurs trouvent un terrain fertile caractérisé par d’antécédents fâchés impliquant de tueries, massacres, viols, discrimination et toute forme de violence à caractère ethnique ; de fois ces atrocités auraient commis en complicité avec les forces de sécurité. La gestion de terres constitue aussi une menace à la cohabitation pacifique entre individus mais aussi entre communautés.

Sur le plan national et régional, la crise du Burundi reste une préoccupation pour toute personne soucieuse de la stabilité de l’Est du Congo qui risquerait encore une fois de sombrer à cause de la crise électorale au niveau national. Face aux discours appelant au chaos le 19 Décembre 2016, le retard des élections en RDC pourraient engendrer une situation incontrôlée qui ouvre de moments de se régler mutuellement les comptes. Si du moins une situation ingérable pourrait surgir, elle donne de pain à planche aux politiciens mal intentionnés pour exercer leurs plans macabres consistant à semer de troubles pour se frayer un chemin vers l’exercice du pouvoir public. A cela s’ajoute la question de démobilisés qui rentrent dans leurs villages d’origine sans que leur futur ait été bien conçu. Face à leur présence couplée de conditions difficiles qu’ils pourront connaitre dans l’avenir, il est facile de prédire que le recours aux armes pourrait devenir la dernière option dans leurs mains. Les défaillances autour du processus DDR mais aussi l’encadrement des forces de sécurité constituent un des défis majeurs pour la stabilisation de l’Est du Congo. Faut-il faire abstraction de nombreux armes et munitions disséminés au sein de la population civile et au sein de mains impropres et leurs implications sur la quiétude de la population. Toutes ces questions nécessitent de mesures urgentes comme de solutions.

Les problèmes que connait l’Est du pays sont multiples au point qu’en les citent tous, ça prendrait de milliers de pages. Les crises récurrentes ont déversé de millions de refugies dans les pays voisins, la Tanzanie, le Burundi, le Rwanda, l’Uganda et le Kenya. Ces réfugiés peuvent toujours constituer une réserve de personnes à instrumentaliser. Le lecteur devrait saisir que ces réfugiés ont droit à un retour pacifique ainsi qu’à la justice—réhabilitation de leurs droits. Toutefois, il me semble qu’une lenteur à caractériser les efforts qui ont été fournis pour que cette question soit durablement réglée. Les conditions de vie dans de camps de réfugiés durant deux décennies sont purement révoltantes. Que certains aient eu la chance d’être réinstallés aux USA ou en Australie, collette Braeckman signalait il y a quelques mois une grogne au sein de la communauté dite « Tutsi » vivant au Rwanda. Sous « umoja wa majamaa », une possible insurrection pourrait trouver une naissance (cfr ce lien). Condamnable car les armes n’ont jamais été et ne sont plus adaptées aux problèmes que nous connaissons. Toutefois, cette situation de frustration pourrait servir de brèche pour tomber dans toute instrumentalisation ; donc, une réponse est nécessaire.

Loin de rumeurs qui circulent de temps en temps et dont on aurait difficile à vérifier, une chose est certaine, les medias de la région ont donné une audience médiatique aux Forces Novatrices pour Union et la Démocratie Congolaise de Mr Sebatware Byicaza Alexis (cfr ce lien). Ce mouvement dont le bloggeur recherche ses tenants et aboutissants se seraient en train de se créer pour de visées « sécessionnistes » car ayant en son sein une branche armée dite « Forces Armées Sécessionnistes (FAC) ». Condamnable et incroyable comme raisonnement politique d’avancer une argumentation sécessionniste en amalgamant les communautés ethniques, mais l’ouverture médiatique à ce mouvement ferait craindre qu’une main invisible pourrait jouer derrière les scènes en vue d’aboutir aux mêmes objectifs de servir les hégémonistes. La crise du Royaume de Kasese en Uganda avec leurs liens socio-politiques avec les « Nande » fait que certains analystes pensent en un projet de reconstituer ce royaume au-delà des frontières Ougandaises. Il se peut que le Roi Rwenzururu se sente comme garant de droits de ses « concitoyens » se trouvant de l’autre côté du Congo. Ces ambitions qu’on appelle dans le jargon congolais comme « Balkanisation » n’a cessé de servir comme appât aux jeunes qui se sont sentis abandonnés par Kinshasa pendant longtemps. La déconnexion entre la classe dirigeante par rapport aux réalités sur terrain ne joue qu’en faveur de ceux-là qui veulent exploiter nos faiblesses en vue de se créer de richesses.

militias
Mayimayi militias

La brève image de ce qu’est l’Est du Congo face à la crise électorale ainsi que son passé récent doit interpeller tous les acteurs politiques ainsi que les partenaires internationaux soucieux de la stabilité de notre pays ; mais aussi de la région en question. Toute crise qui affaiblirait plus Kinshasa engendrerait comme conséquences les tueries, massacres et confrontations entre ethnies avec corollaire le flux de déplacés internes causant une crise humanitaire sans précédent qui s’ajoute à celui dont nous connaissons aujourd’hui. Face aux défis majeurs d’encadrement que connaissent nos forces de sécurité, toute crise minime soit-elle ferait que nous assisterions à une incapacité notoire de la force de la MONUSCO alors qu’elle est l’un de piliers de la stabilité. Il y a une possibilité de retrouver cette partie du pays tomber dans une nouvelle guerre résultant d’une instrumentalisation et manipulation politique dont les conséquences imprévisibles peuvent inclure de visées sécessionnistes. La Balkanisation comme conséquence est plus plausible mais moins probable bien qu’une personne avertie ne peut plus l’exclure.

Par conséquent, le bloggeur suggère :

  • Comme moyen de dissuasion, une urgence s’impose en vue de renforcer la présence de la MONUSCO dans les zones reculées où les troubles sont apparemment prévisibles ;
  • Approfondir la Reforme de forces de sécurité ainsi que l’obligation d’encadrement de nos forces armées et de la police nationale ;
  • Renforcer le suivi autour du code de conduite qui doit être signé par tous les politiciens ainsi que la mise en place de mécanismes visant à contenir judiciairement les récalcitrants ;
  • Multiplier les forums de discussions entre sages et leaders d’opinions de différentes communautés ;
  • Renforcer les mécanismes de suivi de l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba et surtout en ce qui concerne le respect de l’intégrité et souveraineté des Etats ; mais en la fourniture de services sociaux au peuple congolais ;
  • S’atteler à la question des réfugiés Congolais ayant fuis vers les pays voisins en vue de les rétablir leurs droits ;
  • Pour mieux gérer nos diversités socio-culturelles ainsi que résoudre la question pertinente de la redistribution de richesses, ce pays a besoin d’un Système Politico-Administratif adapté à ce contexte; il s’agit bien du Fédéralisme ;
  • La justice, réhabilitation doivent être rendues pour tous les victimes d’atrocités qu’a connue l’Est du pays en vue de consolider l’état de droit.

NTANYOMA R. Delphin

Secrétaire Exécutif & Coordonnateur

Appui au Développement Intégré &

à la Gouvernance (ADIG)

Twitter : https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

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One thought on “Est du Congo: Crise Electorale, nième Catastrophe Humanitaire, Implosion—Sécession?”

  1. Je viens de lire votre publication : « Est de la République du Congo : crise électoral, nième catastrophe humanitaire, implosion et sécession ? ». Quoi que vivant à l’est je n’étais au courant que de quelques faits relatés dans votre analyse. Ce qui m’a beaucoup plus intéressé ce sont les recommandations, car depuis que je suis tout petit je ne cesse d’entendre les mêmes choses, étant moi-même rescapé du massacre de Mboko en 1996.
    – La MONUSCO joue un rôle dissuasif uniquement dans les périmètres qu’elle couvre, alors que les fauteurs de troubles vivent à des milieux distants non couverts par la MONUSCO, où se trouvent les champs, les bois de chauffe pour la population ; raison de ne pas s’étonner quand on entend des cas des femmes violées, des champs ravagés et les bétails volés. La MONUSCO joue à mon avis un rôle de rapporteur, mais pour quoi faire, ça c’est une autre question.
    – Pour ce qui est de la Réforme des forces de sécurité, le moins que l’on puisse dire est que par rapport à des années passées la présence des FARDC se fait plus ou mois sentir dans des coins où la présence de l’Etat n’était presque pas visible il y a quelques années. Cependant cela ne se fait pas sans quelques problèmes, car ce sont les personnes empruntant ses tronçons qui pourvoient à leur survie. L’exemple du tronçon LUSUKU-MINEMBWE que j’ai moi-même emprunté un certain jour. Il y a trois barrières des FARDC et chaque passant doit (le verbe « doit » considéré dans tout son sens) payer 500fc c’est-à-dire un total de 1500 fc/tour. Mais cela reste jusqu’à présent le moindre mal.
    – Pour ce qui est des politiciens, de l’Accord cadre et consort ; il faut déplorer plutôt l’amateurisme de nos politiciens qui pratiquent les théories exotiques apprises à l’Université ou à l’école sur la scène publique dans le cadre de leur fonction tout en oubliant que là, il ne s’agit pas des abstractions théoriques, mais c’est la vie des milliers voire des millions qui est en jeu. Et cette remarque s’applique aux politiciens de toute la région. La crise qui frappe le Burundi actuellement est due à deux concepts et un adverbe : « suffrage universel direct ou indirect » et « Exceptionnellement ». Et pourquoi les blâmer alors qu’à l’école même les enseignements nous disaient et disent toujours que : « si vous finissez vos études vous serez Ministre, Président et vous serez craint et révéré par tout le monde ». Il faut alors comprendre que nos Ministres et nos Présidents ne sont là pour servir, mais pour être servis ! attendre d’eux un quelconque sacrifice serait une perte inutile de temps et d’énergie. Qu’ils s’occupent de leurs familles vulnérables et ils auront servi le Pays de cette manière.
    Si on imaginait autrement la définition de l’Etat non pas comme une entité territoriale habitée par les gens et soumis à une administration, mais comme une collectivité de personnes ayant décidé de mettre en commun leur destin et chacun de ses membres travaillant à la réussite générale tout en travaillant pour soi-même, on passerait outre le fait de recourir toujours devant les gens qui ne se soucient aucunement du sort de leurs compatriotes. Et il y aurait moins de maux ; à mon avis.
    Je m’arrête ici pour aujourd’hui.
    Espérant vous lire prochainement

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