Scandale de Chèques ou de Tiges de Maïs: Manque de Confiance au Guetteur?


Dans ma langue maternelle un adage dit « umwana murizi ntakurwa urutozi ». Littéralement, l’adage qui serait en l’encontre de principes de base régissant les droits de l’enfant signifierait qu’on ne sauve pas, à l’enfant qui pleurnicher souvent, une piqure d’une fourmi. Dans les vrais termes, l’adage avertirait ceux qui se plaignent souvent, enfant ou grand, que leurs griefs trouvent difficilement la sympathie car les gens se disent que c’est leur manière de faire.

Indépendamment de la façon dont les ennuis exigeant qu’on demande secours aux autres peuvent se répéter, l’initiateur de l’adage aurait préféré de conseiller aux victimes de diversifier les manières de plaider pour leurs causes. Tout en faisant référence au caractère indifférent devant une personne qui crie à maintes reprises, l’adage veut exprimer l’idée qu’on a tendance à ne pas croire à sa version des faits. L’adage m’est revenu en mémoire quand je me rappelais la version des faits d’un voisin qui avait avoué consommer plus d’une vingtaine de maïs que ne pouvaient les singes sauvages qui saccageaient les champs ; alors que lui-même était en mission de gardiennage.

Il s’appelait Mr Metoshi (sobriquet pour cet article pour ne pas citer son nom) et il vivait à moins de 600m de mon village ; bien que vivions dans différents territoires/zones. Comme les principales activités au village sont l’agriculture et l’élevage, les années 80 étaient caractérisées par de sabotages des animaux sauvages, particulièrement les singes qui saccageaient nos champs. A ces animaux, s’ajoutent de fois les oiseaux qui, prématurément, pouvaient détruire les champs en entier alors qu’aucune technologie n’a jusque-là prévenu de tels sabotages du modèle « Cybercriminalité ». Il arrivait qu’on installe de « fantômes » qui, les croyant pour être de guetteurs, viseraient à confondre ces « saccageurs ».

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Modèle de forêts d’Itombwe qui ont servi de champs et dont la force physique a été utilisée pour en finir avec

Les saisons de culture, surtout de maïs se faisait en trois phases ou saisons. Toutes celles-ci dépendent énormément de pluies qui ne constituaient pas un grand problème ce temps-là. Nous sommes avant la période de la déforestation comme ne l’est au niveau qu’il aujourd’hui. Vous ne pouvez pas imaginer la manière dont on détruit toutes ces forêts en vue de trouver les espaces fertiles pour l’agriculture. Tout en usant la force physique, de milliers d’arbres se faisaient couper de matériels locaux, non électrisés semblables aux machettes ; et bizarrement, on n’avait même pas l’idée qu’ils s’agissent de ces « bois noirs ». La troisième saison de culture qui s’approchait à la période sèche créait un décalage entre sa récolte et le défrichage de la première. Nous étions obligé d’aller cultiver la première phase à de dizaines de Kms vers le sud, dans la région communément appelée Rurenge (Lulenge[1]) pour cultiver c’est qui s’appelle « igikongo[2] ». Celle-ci  précédait les deux autres « igikongo » proprement dit ainsi que « umwaka ».

L’origine de la dénomination des saisons me parait encore inconnue mais le gardiennage de maïs d’« igikongo », première saison se faisait à une distance qui exigeait qu’on s’y prépare pour trouver à manger pendant toute la journée. Paradoxalement, la distance à parcourir ainsi que la tactique du saboteur—singe exigeait qu’au plus tard 6h du matin on soit déjà au champ en vue de devancer ces saccageurs qui, très tôt le matin ou tard le soir, devraient à leur tour se trouver quoi manger. Pour ce faire, le lecteur comprendrait comment cette mission exigeait plus d’efforts mais aussi de sacrifices pour prévenir les saccageurs qui dormaient à quelques centimètres; souvent au-dessus des arbres surplombant nos champs. Pour mieux comprendre ce phénomène, il est à retenir que, sauf pour le cas de la surveillance d’oiseaux, le gardiennage de singes coïncident possiblement avec la maturité de maïs murs qu’on pouvait facilement cuire sous un feu.

La gestion du phénomène de sabotage de singes obligeait que ceux qui ont de champs proches se partagent les tâches de faire le gardiennage. Il était une fois que ce voisin ci-haut cité devait faire son tour. Comme la situation était préoccupante pour les propriétaires de champs, tard le soir ils avaient une obligation de s’enquérir de dégâts de la journée auprès de celui/celle qui a fait ce travail. Dans une conversation qui se présentait comme une opportunité de partager les douleurs de la journée, les interlocuteurs pouvaient aussi s’enquérir si celui qui a fait le gardiennage a eu quelque chose à mettre sous la dent. Innocemment, le Mr Metoshi plaisanta en disant qu’il n’avait pas préparé à manger à la veille pour justifier son calvaire de faim. Toutefois, il ajouta  que pour se sauver, il aurait cuit et mange une vingtaine de maïs !!! Une vingtaine de… ???

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Le feu qu’on utilise pour cuire les maïs, mais dans ce cas il est aussi utilisé pour la cuisine

 Dans l’étonnement, les propriétaires qui partageaient les champs avec Mr Metoshi n’en revenaient pas ; mais ils croyaient à une plaisanterie. Le lendemain, une autre personne devait faire la ronde au point qu’il réalisa que possiblement, dans les environs du lieu où se trouvait une hutte qui servait d’abri durant la pluie, on pouvait assister au saccage le plus important de l’histoire. Le nombre de tiges de maïs qui avait été coupées présageait une scène inexplicable que les singes dans leurs cohortes ne pouvaient pas réaliser en une journée. L’expérience de la seule journée a alimenté un climat de suspicion entre les propriétaires de champs au point qu’ils ont rompu la formule de se partager les jours de faire la surveillance.

Dans la suite, le passage de Mr Metoshi dans les champs de voisins n’était plus le bienvenu et surtout durant leurs absences. Alors qu’une autre personne, probablement les éleveurs pouvaient en catimini cueillir les maïs, les propriétaires ne s’en rendaient compte qu’après avoir s’assurer que Mr Metoshi n’a pas été au champ le lendemain. Sa présence à elle seule suffisait pour qu’il soit chargé de tous les maux en liant tout à ce « forfait »précédemment commis. De ce fait, il revient à ceux qui croient qu’ils sont accusés par complot de mieux voir si dans leur passé, ils ne se seraient pas rendus coupables de quelques abus dans le domaine de gardiennage, telle est la leçon à apprendre. Ce n’est pas à force de se lamenter que le forfaitaire se blanchirait ou se rendrait innocent. Le bloggeur leur conseillerait plutôt de comparer les nombres de maïs consommés par rapport aux missions leur assignées. S’ils peuvent consommer plus que ce que pouvait prendre les saccageurs, mieux vaut revoir le système de gardiennage.

Notre voisin, l’homme d’exploits en termes de gardiennage controversé aurait perdu malheureusement sa vie dans les atrocités qu’a connu notre pays ; mais surtout les villages environnant le mien. Sa disparition n’eut pas lieu à cause de cet ‘incident’ qui vous est partagé pour vous amuser ou exprimer une idée ; mais juste parce que l’absence d’Etat nous enfonçant dans un paroxysme d’agissements sans tolérance. Les accusations, contre-accusations, vengeances et contre-vengeances et particulièrement la manipulation—instrumentalisation ne donnaient plus de garantie au point que chacun chercher à se sauver de ses manières. Il était gentil, on a partagé de moments d’amusements avec lui et surtout avec ses enfants. On ne partageait pas seulement les champs mais aussi l’église ; donc les moments d’adorer le grand Dieu miséricordieux. Il aurait succombé par des fatigues durant de longues heures nécessaires pour atteindre les zones inconnues où pouvait-il se sentir en sécurité. Que son âme repose en paix.

NTANYOMA R. Delphin                              

Secrétaire Exécutif & Coordonnateur

Appui au Développement Intégré &

à la Gouvernance (ADIG)

Twitter : https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

[1] La prononciation en L me parait un peu occidental que local car souvent nous disons i Rurenge.

[2] Apparemment, la première phase pourrait être considérée comme pré-igikongo car la seconde s’appelle aussi « Igikongo » si ma mémoire n’abuse pas,

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