Accord Politique de la Cite de l’UA: Mission à Moitié Accomplie?


Le Dialogue Politique National Inclusif a pu atterrir hier après-midi (18.10.2016) comme certains ont tendance à le souligner. Un accord a été signé entre parties prenantes au dialogue qui se tenait, depuis le 1er Sept 2016, à la Cité de l’Union Africaine (UA). Sous la facilitation d’Edem Kodjo, à ces travaux tant attendu dans ce contexte de défis d’organisation d’élections, les délégués de la Majorité Présidentielle, une partie de l’Opposition ainsi que celle de la Société Civile ont apposé leurs signatures pour mettre fin à ces assises qui ouvrent une autre page dans l’histoire de la politique congolaise.

A titre symbolique, des représentants de 4 composantes qui ont participé au dialogue ont dû signer et enfin brandir le document d’accord sous des acclamations de l’audience. Il s’agit de Vital Kamerhe pour le compte de l’opposition, Néhémie Mwilanya pour le compte de la majorité, Marie Madeleine Kalala pour le compte de la Société Civile ainsi qu’Azarias Rubwerwa pour le compte de personnalités politiques. Apres les discours du représentant de l’Union Africaine, celui des nations Unies et d’une manière particulière le discours combatif du facilitateur, tous les 300 participants/délégués (dialogueurs/dialoguant) ont aussi signé ce document dit d’accord politique.

Cet accord prévoit que les élections présidentielles, législatives, provinciales auront lieu fin Avril 2018 après une forme d’évaluation du processus électoral. D’ici, il y a possibilité de craindre que le contexte socio-politique et économique du pays n’aura pas permis à la Centrale Electorale (CENI) d’avoir fini le processus de la refonte du fichier électoral car celle-ci est supposée être fini d’ici 31 juillet 2017. Apres ces premières, les élections locales, urbaines, municipales pourront être organisées dans une période de 6 mois au cas où les moyens n’auront pas permis de les organiser au même moment que les précédentes. Pouvons dire que la volonté politique des dialogueurs s’est concentrée sur des élections qui intéressent plus leurs conceptions en lieu et place de l’établissement de la démocratie à partir de la base. Il est important de rappeler que ces élections au niveau local n’ont jamais été organisées depuis de décennies.

Selon la Constitution, le Chef de l’Etat actuel assume ses fonctions jusqu’à l’élection du nouveau Président élu (Avril 2018). Pour leur part, les sénateurs, députés à la chambre basse du parlement, députés provinciaux ainsi les gouverneurs et vice-gouverneurs de provinces resteront aussi en fonction jusqu’à l’installation de nouveaux élus. Il est stipulé qu’endéans 21 jours qui suivent la signature de cet accord, un « gouvernement de large union nationale » sera formé et ayant pour Premier Ministre, une personnalité provenant de l’opposition qui a participé au dit dialogue. C’est dans ce contexte que plusieurs noms sont cités à titre de spéculation dont notamment celui de Vital, Jean Lucien, José, Samy, Azarias… Le premier semble avoir plus de chance d’être le candidat de consensus. La raison de cohabitation entre le Président de la République et un Premier Ministre de l’opposition ressort du souci d’arriver à l’organisation des élections dans un climat confiant. Au même moment, la CENI sera restructurée pour de postes qui sont réservés aux parties prenantes.

L’accord couvre d’autres aspects comme les mesures de confiance d’où un comité composé de 7 membres de la Majorité Présidentielle, 7 de l’opposition ainsi 5 appartenant respectives aux deux autres composantes sera formé en vue d’en faire le suivi. Ce comité sera appuyé par de représentants des institutions internationales dont les Nations Unies, la Conférence Internationale pour la Région de Grands lacs (CIRGL), la SADC ainsi que l’Union Africaine. L’accord couvre ensuite la sécurisation du processus électoral en termes de renforcer la sécurité aux frontières, le démantèlement de groupes armées, l’amélioration des conditions socio-économiques de membres des services de sécurité ainsi que la création d’emplois aux jeunes. Les partis politiques sont priés de recadrer leurs partisans en matière du civisme et respect de verdict des urnes.

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Edem Kodjo lors de la ceremonie de cloture du dialogue

Comme tout accord qui recherche le consensus—compromis plutôt que remplir les conditions de « sainteté ou caractère parfait », il y a lieu tout de même de se demander si le pas franchi est rassurant pour combien de temps. On se demanderait si l’objectif de mettre en place de mécanismes visant à organiser les élections apaisées, transparentes et crédibles a été atteint durant ces assises? La réponse exacte serait difficile à proposer aux lecteurs ; mais quelques éléments amèneraient ce dernier à possiblement se faire une idée de l’avenir de ce pays.

D’une part, nonobstant les discours de représentants de l’UA, Nations Unies et facilitation, il est apparent qu’une partie d’acteurs politiques n’a pas participé aux assises de la Cité de l’UA. Ces acteurs continuent d’exiger la tenue d’un dialogue dit « inclusif ou dialogue second round» de façon qu’il y a lieu de craindre que de probables confrontations pourront ressurgir dans les mois à venir ; et surtout le décembre prochain. Ces probables violences pourront opposer les « partisans-fanatiques » de Tshisekedi-Katumbi face à une force de sécurité qui me semble moins outillée en gestion de tels événements. A défaut d’autres facultés de faire plier la nouvelle coalition établie à la Cité de l’UA, le Rassemblement-Dynamique ainsi que les mouvements citoyens pourront user tous les moyens sans exclure aucune option pour faire fléchir le pouvoir. Par conséquent, il est toujours possible de craindre une militarisation de l’espace fragile congolais avec ces corollaires qui sont la déstabilisation d’une grande partie de l’Afrique.

D’autre part, les racines de la crise électorale n’ont peut-être pas été approfondies lors des assises du dialogue. D’une manière générale, la crise électorale en RDC trouve son origine dans l’incapacité financière du gouvernement congolais d’organiser toutes les élections dans les délais prévus par la constitution. Le manque de moyens financiers pour organiser ces élections ne relève pas simplement de la chute des prix de matières premières sur marché international ni moins de l’affectation de lignes budgétaires dans la stabilisation de l’Est du pays. Il s’étend grandement à la capacité de mobilisation de ressources locales du pays ainsi que la gestion qui laisse les trous dans les caisses de l’Etat. Ces trous donnent plus d’occasions aux malveillants de remplir leurs poches au détriment de l’intérêt public. A cela s’ajoute les conséquences imprévisibles accompagnant les élections dont la violence et contestation des urnes caractérisant les jeunes démocraties. Des réponses appropriées pour toutes ces questions ne ressortent pas clairement dans l’accord politique du dialogue.

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Nehemie Mwilanya signant pour le compte de la majorite

Un observateur indépendant pointerait aussi un doigt aux manques d’infrastructures socio-économiques, défi majeur  qui ferait que la CENI ait besoin de plus de moyens pour atteindre les électeurs. On aurait besoin d’infrastructures routières (transport) et la disponible—accessibilité aux énergies moins couteuses pour mieux répondre aux attentes de ceux-là qui s’accrochent aux élections comme solution ultime. Il y a lieu de noter que le climat socio-politique caractérisé par de tensions politiques et zones de foyers contrôlés par les groupes armés ne faciliteront pas la tâche aux agents de la CENI lors de la refonte. La non-organisation des élections en 2016 pourra aussi détériorer le climat socio-politique conduisant à la militarisation de l’ensemble du territoire congolais. Par conséquent, il reste moins rassurant qu’en date du 31 Juillet 2017, la CENI aura déjà fini le processus de refonte du fichier électoral. Il est facile de s’attendre à un report bien justifié ou qui peut facilement se manipuler aux yeux d’observateur avisé.

En dehors de questions techniques, un manque de confiance entre acteurs politiques ainsi la suspicion autour du troisième mandat de Joseph Kabila ont toujours exacerbé la tension. Certains analystes croient que toutes ces tergiversations sont liées à la volonté cachée de l’autorité morale de la MP de vouloir briguer un premier mandat après les deux premiers. Si du moins cela s’avérait probable, on se trouverait dans la phase préliminaire d’un long processus dont ses effets sont difficiles à prédire. Dans un premier temps, le lecteur se dirait qu’il s’agit de spéculation politique mais qui pourrait enfin de compte se matérialiser si la crise s’enfonce de plus en plus. Ce « premier mandat » est à prendre avec précaution du fait que personne n’en maitrise les contours sauf l’intéressé mais il n’est pas à exclure complétement. Encore une fois, il s’agirait d’une question à laquelle le dialogue d’Edem Kodjo n’a pas trouvé de compromis car ne figurait pas sur l’agenda de négociation.

La violence et confrontation dans ce contexte congolais sont largement liées aux exigences du peuple auxquels le pouvoir public tarde à répondre. Il me semble spécifiquement connecte aux conditions socio-économiques du peuple ordinaire et de la jeunesse. On y associe un manque de volonté au point que la confiance entre peuple et la classe politique s’est profondément détériorée. Ces messieurs et mesdames qui suivent les politiques n’y sont pas forcement engagés dans un sens idéologique qu’une manifestation de mécontentement. La plupart de ces jeunes qui se lancent dans le pillage et destruction de biens privés que publics semblent s’inspirer du sens de ‘responsabilité’ que présentent nos politiques en termes de mégestion de ressources que nous partageons tous ; et une fois mieux gérées devraient créer une cohésion au sein du peuple. Pour ce faire, qu’une clause ait été formulée dans l’accord politique sur l’emploi de la jeunesse, il est à craindre que des mécanismes adéquats n’ont jamais été mises en place pour redistribuer équitablement la richesse nationale. Le bloggeur tend à croire que cette question pertinente qui lie le peuple et l’avenir du pays ait superficiellement été élaborée car nécessitant une conception approfondie.

Bien que la violence ne soit pas la meilleure approche de résoudre nos différends car contribuant plus à diviser la société, les acteurs politiques et surtout les dirigeants doivent comprendre que le peuple a besoin de vivre au rythme des potentialités du pays. Si l’accord du 18 Octobre 2016 peut représenter symboliquement une trêve ou une ouverture vers une résolution pacifique de cette crise, il est important de saisir cette opportunité en vue de répondre aux soucis majeurs du peuple. Le bloggeur reste convaincu que la finalité de la démocratie ne s’écarte pas du souci majeur de voir notre quotidien aller dans une bonne direction. Les efforts déployés pour organiser les élections auraient moins de considération si enfin de compte notre peuple continue de s’enfoncer dans la misère, pauvreté, désolation… alors qu’une minorité d’individus jouissent des privilèges dans le domaine que nous partageons tous. Je me dis encore une fois que nous avons besoin d’un système politique-administratif qui pourrait répondre à cette exigence. Qu’en-pensez-vous ?   Copie de l’accord sur ce lien

NTANYOMA R. Delphin                              

Secrétaire Exécutif & Coordonnateur

Appui au Développement Intégré &

à la Gouvernance (ADIG)

Twitter : https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

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