Le Lieutenant Général Sikatenda, ‘Entité Babembe’ & Détérioration du Climat Socio-Sécuritaire?


C’est dans un grand étonnement que je lisais et relisais dans une chronique de Renaud Girard que dans ce pays instable de la région, un Chef d’Etat connait une contrainte de surmonter « une blessure personnelle très profonde » après une décennie au sommet de l’Etat. A moitie raisonnable car ce chef d’Etat avait été victime d’atrocités que connut son pays vers les années 1972. Et cette faiblesse de ne pas situer à la hauteur de ses responsabilités constituerait, selon l’auteur, un de problèmes majeurs inquiétants pour ce pays en général. Sans que je sois à mesure d’affirmer ou d’infirmer ce constant, je me dis que cette impression du chroniqueur peut être erronée mais la notion de « fumée sans feu » ne s’appliquerait pas totalement dans ce raisonnement. Peut-on dire qu’il est possible d’avoir des officiers généraux de l’armée, élevés dans ce haut rang dont le mérite est de renommée internationale, qui ont toujours du mal à se surpasser ?

L’idée d’entité autonome de Babembe s’est glissée ouvertement pour la première fois dans le propos du Général Sikatenda lors de la célébration du 56e anniversaire de l’indépendance du Congo-Kinshasa. En plus de festivités au niveau national qui se tenaient à Kindu, ce Général en avait organisé celles du Secteur de Kilembwe à 400 Kms à l’Est du chef-lieu de la Province de Maniema. C’est durant ces festivités que le haut gradé des Forces Armées de la RDC a exprimé un souhait d’ériger un territoire qui serait uniquement Babembe. Il s’agit d’un territoire où le Babuyu ainsi que le Banyamulenge n’auront plus de la place, communautés indésirables[1]. Les Babuyu seraient victimes de leur légèreté face aux injonctions de ce General de l’armée qui exigeraient que ce peuple considéré comme étranger quittent les environs de Kilembwe-Salamabila se dirigeant vers les zones non encore spécifiées. Loin de cette légèreté, les Babuyu cohabitent difficilement avec les Babembe pour de raisons qui feront l’objet d’une autre discussion. Ce même nom Sikatenda avait souvent été cité dans les incidents meurtriers qu’a connus le Secteur de Salamabila au courant de cette année 2016.

Mais qui est ce Lieutenant Général FARDC nageant à contre-courant? Le Général Sikatenda (dit Shabani si ma mémoire n’abuse pas) est l’ancien compagnon de Mzee LD Kabila durant la période de résistance des années de Hewabora-Wimbi-Tanzanie. Il aurait rejoint la rébellion Simba vers Avril 1963, à côté de Laurent Désiré Kabila. Il était très actif durant toute la période passée dans le maquis ; mais aussi, il est l’homme qui apporta son soutien personnel aux enfants de Mzee. Il est cité comme un proche qui a pu recruter en 1988 pour le compte de PRP un millier de jeunes vers la région de Kilwa-Pweto, à la frontière entre la Zambie-Tanzanie. Accompagnateur de Mzee LDK lors de la lutte de libération, en 1997, il est nommé chef de la Détection Militaire des Activités Anti-Patrie (DEMIAP). En 1998, lors de la dislocation des anciens alliés de l’AFDl et l’éclatement de multiples rebellions, il se voit confier la mission de faire la liaison entre Kinshasa et les Mai Mai à l’Est du Pays. Serait-il que vers les années 1999-2000, il était commandant des opérations militaires de l’axe Pepa (ancien Katanga) qui lui aurait valu une interpellation quand Pweto tomba aux mains de la rébellion RCD. Il est actuellement basé et fait les lois à Kilembwe, territoire de Fizi, il y a de cela plus de 6 ans.

Le Général Sikatenda connait profondément mieux les Zones de l’Est, le Sud-Kivu particulièrement car ayant longtemps collaboré avec les miliciens et groupes armés divers. Selon certaines sources, on le soupçonne bizarrement être proche du seigneur de guerre dit Yakutumba qui opère dans les zones de Ubwari-Wimbi-Nganji, Lulimba-Misisi. Les observateurs croiraient que le Général s’impose car ayant de relations interpersonnelles avec la haute hiérarchie de l’Etat qui trouve origine dans son parcours. Après ses déclarations incendiaires du 30 Juin, il serait que deux délégations sont allées le voir à Kilembwe Bien qu’étant une affaire de sécurité publique, les résolutions de ces consultations sont moins encore élucidées et sont mises, à moindre échelle, à la portée du public. D’indiscrétions font étant de sa fermeté implicite par rapport à ceux qui sont considérés comme « envahisseurs » et qui doivent quitter la zone sous son contrôle. Et d’ailleurs, on nous dirait que dans ses propositions, il exigerait le départ immédiat de certains éléments et officiers FARDC sur base de leur appartenance ethno-communautaire. Je ne saurais pas affirmer si cette demande est à la base du choix des officiers militaires qui avaient activement été conviés dans les consultations au détriment du respect de la hiérarchie militaire.

General_SIKATENDA_avec_la_delegation
Général Sikatenda avec la delegation (Photo Infograndslacs)

Ce serait de la malhonnête intellectuelle d’imputer à Sikatenda tous les problèmes entre communautés dans le Territoire de Fizi et particulièrement sur l’axe Misisi-Kilembwe-Salamabila. La cohabitation entre groupes communautaires n’a cessé de se dégrader au cours de dernières années durant les rebellions, insurrections qu’a connu l’Est du Congo. Depuis les années 2002, on avait assisté à une accalmie prometteuse qui aurait fait que même les localités insécurisées soient accessibles pour certains groupes communautaires jadis prohibés d’y entrer. Devant un climat d’incertitude autour d’élections 2016 ainsi qu’une présence d’un officier Général qui n’a pas encore été à mesure de surmonter ses « blessures personnelles », nous assistons encore une fois à la détérioration du climat socio-sécuritaire et même politique. Donc, une solution s’impose pour éviter que la région sombre dans l’impasse alors qu’opposant les communautés qui peuvent s’allier pour leur avenir social.

Il y a quelques semaines, les éleveurs Banyamulenge qui se trouvaient à Salamabila ont dû fuir, craignant pour leur sécurité après une série d’attaques qui semblent les visaient et dans lesquelles on cite Sikatenda. Un officier supérieur du Secteur d’Operations militaires de la Garnison d’Uvira est blessé par balles dans une embuscade aux alentours de Fizi alors qu’il revenait à la rencontre du Général en question. Il y a de cela deux semaines et on se dirait que son ton ferme par rapport aux comportements qu’affiche le Lieutenant Général lui aurait valu ce coup. Apres cet incident qui aurait coûté la vie à cet officier supérieur, si Dieu ne l’avait pas épargné, une délégation de hauts cadres venue de Kinshasa se serait dirigée à Kilembwe pour rencontre Sikatenda. Le bon sens dirait que la communauté Babembe et ses notables de Kinshasa aurait joué un rôle déterminant en vue de la réalisation de ces consultations.

Alors que le public croit ardemment en la volonté du Raïs de ne pas voir ces communautés frères-antagonistes autour de lui s’entre-déchirer, on se demanderait si cette délégation avait dans ses missions s’entretenir avec certains officiers déployés dans Kilembwe sur de base non-encore claires. On s’attendait à une décrispation de ce climat tendu et une solution apaisée qui favoriserait la cohabitation pacifique entre ethnies. Dans la foulée malheureusement, on signale encore aujourd’hui (14/07/2016) le racket d’un grand nombre de vaches appartenant aux Banyamulenge par de groupes Mai Mai appartenant à Yakutumba. Yakutumba est l’ancien officier FARDC qui jurant de ne plus quitter le maquis pour protéger sa communauté contre les ‘invasions étrangères’, concept flou qui s’appliquerait même aux voisins de siècle. C’est dans cette haine et confusion qu’on le cite dans les assassinats ciblés dont celui des agents d’une organisation non-gouvernementale, Eben Ezer. La protection de sa communauté constituerait un dénominateur commun entre Yakutumba ayant un soutien implicite de notables Babembe résidant à Kinshasa et un officier Général de FARDC. Retraite ou pas, sa position ne devait plus lui mêler dans de telles bassesses.

Kilembwe
Kilembwe sur une carte

La situation socio-sécuritaire est quasiment volatile car les esprits ravivent facilement les événements malheureux ayant opposé les communautés dans le passé. Leurs séquelles tardent à sécher et le contexte socio-politique y ajoute les suspicions autour des élections pour déterminer qui soutient qui. Face à une donne dit « Gumino », on soupçonnerait d’ailleurs une cohabitation entre les Mai Mai et les FARDC. Ce Jeudi 14/07/2016, alors que les esprits éleveurs pensent aux vaches rançonnées à Nganji-Lulimba, les Mai Mai font irruption dans les environs de Minembwe et ne seraient pas dérangés par qui que ce soit. Ces types de mouvements et rumeurs non-apaisant autour de l’alliance Mai Mai-FARDC se font remarquer dans plusieurs localités du haut Plateau d’Uvira-Minembwe durant la période de transhumance. En plus de cela, il y a lieu de penser aussi que les capacités de Services de Sécurité de répondre à toutes les menaces sont loin d’être rassurantes. De ce fait, il y a nécessité de ne pas laisser la situation s’enfoncer de plus en plus et surtout l’histoire aurait fait que les Babembe et Banyamulenge se retrouvent côte à côte.

Dre surcroit, les deux communautés ont retrouvé la chance d’œuvrer autour d’un Chef d’Etat qui maitrise bien les dossiers socio-politiques et culturels de la région. Ne vous en doutez pas. Parmi ses proches, l’un est le Directeur de Cabinet à la Présidence de la République et l’autre est le Commissaire Général de la Police Nationale Congolaise pour ne citer que ceux-là. Le bloggeur croit que nos blessures personnelles sont à surmonter et ceux qui ont la chance d’occuper ces responsabilités doivent être les premiers à montrer l’exemple. Nous devons, à tout prix, nous débarrasser d’amalgame et confusion qui nous rendent aveugles. Je n’ai toujours pas cru à ceux-là qui vous direz que telle communauté dans l’ensemble est responsable de cet agissement mauvais ou bon.

Jusqu’à preuve de contraire, je comprendrai difficilement quelqu’un me faire convaincre que Néhémie serait derrière le racket des vaches de Charles ou vice-versa. Si une situation pareille pourrait arriver, là on rechercherait les causes dans ces derniers et non à y ailleurs. Par contre, ils devraient servir de modèle pour les membres de leurs communautés. Devront-ils commencer par leurs entourages au travail comme leurs Cabinets ? Celui qui connait leurs entourages serait mieux placé pour le juger ; mais ils peuvent faire mieux que ça pour l’intérêt du pays, leurs localités d’origines et leurs communautés respectives.

Pour conclure, le bloggeur exige fermement la lumière sur les dossiers qui ont endeuillé les paisibles citoyens qui étaient à la recherche de survie en vue de contribuer à la réussite du processus de réconciliation et justice. La lumière doit apporter les éléments sur lesquels peuvent se baser les modalités de réhabiliter les victimes. Ensuite, il est temps que la responsabilité individuelle soit exigée sans tenir compte de leurs affinités ou leurs forces. La sécurité de biens et personnes doit être de mise. Le contexte actuel doit interpeller les gouvernants en vue d’éviter les chaos et surtout s’assurer de l’impartialité des décisions politico-sécuritaires dans la gestion de dossiers sensibles.

NTANYOMA R. Delphin

Secrétaire Exécutif & Coordonnateur

Appui au Développement Intégré &

à la Gouvernance

Twitter : https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

[1] Le bloggeur est encore à la recherche du contenu du discours qu’il vous partagera une fois retrouvé

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