Conclave de Bruxelles: ‘Insaisissable’ Tshisekedi vers un Schéma de Confrontation ou du Double Dialogue?


Bruxelles est la capitale des institutions européennes mais aussi celle de l’ancienne métropole du Congo Kinshasa. Du fait de l’influence qu’a joué les Belges sur la configuration socio-politique de son ancienne colonie, elle est en quelque sorte la ‘capitale-mère’ plus que la ‘capitale-sœur’ de Kinshasa. De surcroit, Bruxelles et Paris sont parmi les villes européennes les plus convoitées par les Congolais en général et les Kinois en particulier. Du coté Zaïrois, les premiers contacts entre le monde congolais jadis appelé ‘indigène’ et colonisateurs semblent avoir été concentrés en Belgique. Cela s’explique par le fait que nos colonisateurs ont en un certain moment voulu nous rapprocher de leurs réalités. Les Kinois ayant eu pendant longtemps des facilités pour se déplacer vers les grandes villes du monde, Bruxelles a été le lieu de divertissement, de shopping mais aussi d’entreprendre des soins avancés ou appropries. Elle est restée pendant plusieurs années le modèle du développement et de la « civilisation ». Donc, Bruxelles est la capitale qu’on partage entre Belges et Congolais au point qu’elle est aussi le lieu de convalescence.

C’est à Bruxelles qu’ait lieu la table ronde qui décida de l’indépendance du Congo-Belge. La capitale de la Belgique reste le centre des décisions importantes de la diplomatie Européenne envers le reste du monde. Bruxelles est aussi le centre de lobby pour des grandes décisions qui concerne le pays de Lumumba. Elle peut ne pas avoir la même teneur d’il y a un demi-siècle, mais Bruxelles peut toujours sonner dans les oreilles de congolais comme quoi sa décision influencerait des choses sur le terrain de l’ancienne colonie. Par conséquent, il est probable que jusqu’au XXIe siècle, certaines gens peuvent compter plus amplement à l’appui de Bruxelles, Washington, Londres, Pékin ou Pretoria qu’à celui de son peuple. Le conclave de l’opposition s’inscrirait dans la même logique ou il se tient autour du leader en convalescence ? Les financiers ont-ils décidé que ce fonds mobilisé pour la tenue de ce forum ne doit pas aller loin du contribuable qui l’a payé ? Plusieurs questions restent en suspens, mais l’essentiel à mon avis serait l’objectif à atteindre par rapport aux réalités/attentes du peuple ordinaire Congolais.

Bruxelles, précisément Genval (20Kms au Sud) a abrité cette semaine un conclave de l’opposition RD Congolaise. Ce conclave se tenait autour de l’opposant charismatique Etienne Tshisekedi wa Mulumba qui se trouvait à Bruxelles pour de raisons de santé. Pour certains observateurs, le forum a suscité quelques interrogations par rapport à son financement ainsi que le choix de cette ville. Toutefois, le conclave a concentré ses discussions aux problèmes liés aux élections en RDC. Alors que ces élections semblent trainées, elles ont finalement nécessité la tenue du dialogue décrété par le chef de l’Etat Congolais en Novembre 2015 pour dissiper certains malentendus entre acteurs politiques. Ces assises dites Dialogue Politique Nationale Inclusif connait un ralenti dû aux divergences d’interprétation et résultats à attendre entre acteurs politiques congolais. L’opposition congolaise avait été divisée sur la nécessite de participer à ce dialogue. Certains partis politiques dont l’Union des Démocrates pour le Progrès Social (UDPS) d’Etienne Tshisekedi étaient cependant favorables à l’organisation de ses assises moyennant conditions. Malgré tout, il y a d’autres partis qui ne croyaient pas en sa nécessité, notamment la plateforme Dynamique de l’Opposition et les 7 partis dissidents de la majorité présidentielle, regroupés sous le nom du G7.

C’est dans ce contexte que l’UDPS a invité la classe politique de l’opposition pour fédérer leurs forces en vue de travailler pour l’alternance et le départ du Président Joseph Kabila en fin 2016. Dans un premier temps, on aurait cru en un événement qui visait le ralliement des indécis ou l’intrusion de ses organisateurs qui profiteraient d’un climat de dissidence au sein des partis qui hésitent de participer au dialogue. Les conclusions de ce conclave amènent à penser que cette hypothèse n’est encore pas vraie ; bien qu’elle peut resurgir dans les semaines qui viennent. Son soubassement tenait au fait que l’UDPS, par rapport au dialogue, aurait fait quelques avancées dans la normalisation de point des vues avec la majorité au pouvoir. C’est dans ce sens que le parti du Sphnix de Limete était perçu jugeant le dialogue comme la ‘meilleure’ possibilité pour éviter un possible bain de sang qui accompagnerait les élections non-apaisées. Et d’ailleurs, dans son discours d’ouverture, Etienne Tshisekedi a encore une fois invité les opposants à rejoindre la voie du dialogue. Les conclusions qui ont sanctionné ce conclave ouvrent un débat qui pointe à plusieurs possibilités dont la tendance serait la confrontation dans l’avenir proche si dialogue se fait en deux schémas.

Le conclave de Bruxelles s’ajoute aux « tergiversations » de l’UDPS qui a participé au « pré-dialogue » d’Ibiza-Venise-Paris ; initia ensuite le Front du Peuple après avoir participé et signé les accords de Gorée qui ont mis en place le Front Citoyen et bien d’autres plateformes. A en croire, les années 2015-2016 auraient été caractérisées par des déclarations contradictoires au sein du parti de Tshisekedi qui se considère à tort ou à raison comme le leader charismatique de l’opposition. Connaissant les altercations et conflits de positionnement internes de l’UDPS, on aurait difficilement cru en la capacité de ce parti de fédérer toutes les forces politiques de l’opposition en vue de maintenir son statut. La montée d’une nouvelle classe d’opposant ne favorisait pas non plus la position du Sphnix de Limete comme modèle et leader de l’opposition. Nonobstant, Etienne a pu organiser ce conclave ayant quelques points saillants à retenir.

Il est à retenir que la non-participation de Vital Kamerhe et d’Eve Bazaiba pour le compte de l’Union National Congolais (UNC) et du Mouvement Libéral Congolais (MLC) respectivement jetait un discrédit sur la réussite de ce Conclave. Avançant de raisons différentes allant de conditions de santé pour Bazaiba ainsi que la non-pertinence du forum pour Kamerhe, le conclave de Bruxelles prédisait l’affaiblissement de l’opposition. D’une manière implicite, on aurait cru que le conclave diviserait l’UNC de Kamerhe car certains hauts cadres de ce parti ont pris part à ce conclave. A ce niveau, on peut aussi penser à une stratégie et manœuvres politiques de l’UNC de dire OUI/NON au même moment ? Le temps nous le dira.

En l’absence de Bazaiba, le MLC aurait dû envoyer d’autres cadres si l’intérêt se présentait ; donc, la question pouvait s’interpréter comme étant ailleurs. Si le conclave élargissait la division au sein de l’opposition, cela pourrait profiter à la majorité qui, à son tour, pourra entreprendre d’autres contacts avec ces partis qui n’avaient pas voulu suivre l’UDPS dans ce qui s’apparenterait aux calculs politiques. Bien que n’ayant pas participé au conclave, la présence probable de Moise Katumbi à Bruxelles et de certains envoyés spéciaux pour la région de grands lacs aurait été des sujets qui ont ‘fâché’ le pouvoir et qui auraient fait que les aboutissants du conclave changent d’orientations ? La participation du G7 en général et celui de Kyungu wa Kumwanza à côté de Tshisekedi reste un signe de rapprochement entre les deux regroupements politiques dont la confiance était encore légère.  C’est fut le moment de rapprocher ces deux anciens adversaires du temps de Mobutu ; bien que leurs motivations restent apparement divergentes. Ces contours amèneraient l’observateur à croire que le conclave aurait enfanté une souris ? Il est encore tôt de l’affirmer.

Le conclave a enfin décidé de s’opposer au dialogue convoqué par le Président Joseph Kabila ainsi qu’à tout projet du referendum constitutionnel. Il a affirmé sa volonté et détermination de voir la constitution respectée ainsi que l’organisation des élections parlementaires et présidentielles dans le délai constitutionnel, c’est-à-dire, en Novembre-Décembre 2016. Le conclave a exigé la libération des détenus et activistes politiques, l’arrêt du dédoublement des partis politiques, la libéralisation de l’espace politique…

En plus de cela, le conclave a mis e place une ‘plateforme’ dit « Rassemblement» qui s’ajoute à des multiples autres et ayant pour mission de faire respecter les valeurs républicaines. Ce rassemblement est mis sous la houlette du Leader Maximo, Etienne Tshisekedi. Ce forum de Bruxelles a exigé un dialogue du schéma tracé par la Résolution 2277. Ce dialogue sera convoquée par la Communauté Internationale au travers un facilitateur « international ». Ce facilitateur sera secondé par un panel composé par des représentants des USA, EU, UA, OIF, et les Nations Unies. Jusqu’à ce niveau, la place d’Edem Kodjo est moins claire. Aurait-il été désapprouvé par ce conclave. Possiblement Non car rien d’explicite ne figure dans leurs textes. Toutefois, une tendance pareille peut trouver son origine dans l’exigence du panel.

La Résolution 2277 à laquelle s’appuie le conclave de Bruxelles n’exige que la tenue et organisation des élections dans le délai constitutionnel. Elle plaide pour une mise en place d’un environnement propice facilitant la tenue de ces élections qui doivent être crédibles, apaisées. Ces exigences ne passeront que par le dialogue dont cette résolution soutient fermement. Elle exige en son point 9-10 l’élaboration d’un calendrier électorale révisé et complet. La disponibilisation du budget des élections ainsi l’établissement de la code de conduite ainsi que la mise à jour du fichier électoral. Elle appelle à tous les acteurs politiques congolais et au Secrétaire Général des Nations Unies de soutenir un dialogue ouvert et inclusif. La résolution évoque entre autres certaines inquiétudes liées à la réforme des services de sécurité, le programme de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion ainsi qu’à la mise en place d’une Force de Réaction Rapide. Bref, la résolution stipule que, loin des contraintes évoquées par la Centrale Electorale du Congo Kinshasa, le délai constitutionnel doit être respecté.

Conclave_Bruxelles
Delegues du Conclave de Bruxelles

De l’avis du bloggeur, l’insaisissable Etienne Tshisekedi reste l’acteur incontournable dans la crise actuelle. Son poids politiques mais aussi les faiblesses au sein de son parti qui auraient fait qu’il soit approché tout au début sont toujours évidents. Jusqu’à preuve de contraire, il me semble que l’UDPS a toujours moins de manœuvres politiques pour proposer d’autres alternatives en dehors du dialogue. Nonobstant, il n’est pas le partenaire de confiance dans les perspectives et calculs de la majorité au pouvoir. On l’appellerait un « partenaire troublant» ? Pas du tout, mais nous sommes proche de ce qualificatif. Que le pouvoir ait actuellement moins d’engouement par rapport aux résultats attendus du dialogue, il est possible que l’UDPS soit le moins préparé à la tenue des élections en Novembre 2016 comme cela est le cas au sein de la majorité. Donc, le dialogue serait le moyen probant pour la survie de l’UDPS durant quelques années à venir.

De la majorité présidentielle, à l’opposition même au sein de la communauté internationale, l’espoir de voir les élections présidentielles organisées en Novembre 2016 tendent à s’éloigner. On pourrait s’imaginer que le conclave de Bruxelles aurait été conçu comme un forum qui donnerait à l’UDPS l’occasion de se positionner en leader de l’opposition. En dépit de conclusions du conclave de Bruxelles, le bloggeur tient à cette possibilité. Les déclarations d’il y a quelques semaines du facilitateur Edem Kodjo peuvent indirectement le confirmer. La possibilité de voir le conclave comme une opportunité visant à aligner les avis par rapport à la gestion de la transition et l’après-transition n’est pas totalement à exclure. Le conclave de Bruxelles me parait toujours comme ayant été une occasion à la diplomatie ‘invisible’ de jouer son rôle pour l’avenir de la RDC.

En politique, les discours publics trompent souvent. Ma lecture serait que les grandes manœuvres se jouaient en coulisse que dans les salles de réunion. Cette lecture pense de fois à une incompréhension entre l’ancienne métropole et les grandes puissances sur le schéma à suivre devant la crise électorale. Le bloggeur a toujours senti l’hésitation de la Belgique par rapport à l’avenir de la RDC post-conflit, si Kabila cédait le pouvoir. Aux yeux de la Belgique qui reste la plaque tournante et la référence qui influent sur des décisions de l’occident vis-à-vis de la RDC, le pays de Lumumba est perçu encore comme étant fragile pour gérer une alternance pacifique.

En guise de conclusion, le bloggeur croit qu’en lieu et place d’hésiter, la Belgique ainsi que la communauté internationale en général feront mieux de regarder la vérité en face. L’appui au peuple congolais passerait dans l’entendement du souci premier du peuple. Ce souci se situe au niveau de l’amélioration de leur niveau de vie et du vécu quotidien. Il me semble toujours que la concentration de pouvoir dans les mains de Kinshasa ne fait qu’inutilement souffrir le peuple ordinaire au profit des politiciens. De la part des gouvernants, ce pouvoir ‘concentré’ dans les mains du gouvernement central facilite l’accès et la monopolisation des ressources et richesses nationales au détriment du peuple ordinaire.

Pour ce faire, cette concentration du pouvoir est à l’origine de confrontations incessantes entre politiciens qui cherchent à occuper ces postes les plus enviés. En conséquence, nos politiciens se chamaillent à jamais autour d’échéances électorales que dans d’autres circonstances. Et je me pose toujours la question de savoir si le souci majeur du peuple ordinaire est l’organisation des élections présidentielles et parlementaires? Pensez-vous aussi que c’est la priorité pour ce peuple qui trouve difficilement à manger, l’accès limité à l’électricité, à l’éducation, à l’eau potable etc.? Et à ceux-là qui ne dorment pas à cause de l’insécurité à l’Est du Congo, les bulletins de vote reste la solution ultime ? Sommes-nous devant les jeux du hasard ? Vos commentaires et points de vue restent considérables.

 

NTANYOMA R. Delphin

Secrétaire Exécutif & Coordonnateur

Appui au Développement Intégré &

à la Gouvernance (ADIG)

Twitter : https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

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