Banyamulenge/Ruandas/Watuzi/Bashwezi/Hamites : Migration sous Manipulation au Kivu depuis le XIV au XVII?


Les sujets d’actualité, l’avancée de la technologie ainsi que l’usage des medias sociaux nous donnent difficilement l’intérêt ainsi que le courage de mieux comprendre les réalités historiques et lointaines. Nous nous contentons souvent à suivre certains extraits qui ont de fois été conçus par la manipulation politique ou ‘intellectuelle’. C’est dans le souci de reconstruire et comprendre la migration dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) que le bloggeur essaie encore une fois de partager au lecteur l’établissement des Tutsis en général et particulièrement de Banyamulenge dans le Kivu. C’est juste après avoir discuté l’établissement des Babembe, Bafuliro ainsi que les Barega, que cet article se donne l’objectif de rassembler quelques données à notre disposition sur l’établissement des Banya-Ruandas/Watuzi/Hamites au Kivu. Néanmoins, il importe de souligner que certains ouvrages de la période coloniale (à notre disposition parlent de Ruandas, BanyaRuandas, dans un mélange qui combine les Hutu-Tutsi du Nord-Kivu ainsi que les Ruandas du Sud-Kivu). Les Ruandas du Sud-Kivu, comme l’histoire l’indique, ce serait ces derniers qui sont aujourd’hui appelés Banyamulenge[1].

Quelques points saillants sont à retenir dans cet exposé. Premièrement, on retiendrait que ceux qui deviendront les Banyamulenge vers les années 1970, auraient été installés dans le Kivu vers le XVIIe siècle. Ils auraient possiblement été victimes d’un amalgame qui, aux yeux des Européens (écrivains et colonisateurs) les confondant comme étant originaires de l’actuel République du Rwanda et qu’ils se seraient installés dans l’actuel RDC quelque années avant l’arrivée des colonisateurs. Toutefois, il est à retenir de Weis[2] que, telle qu’est conçue par les européens, l’histoire d’établissement et d’immigration des « Ruandas[3] » au Sud-Kivu avait longtemps été rejetée par ces premiers. Comme nous le verrons plus tard, il est d’ailleurs fort probable que ces derniers n’ont pas été consultés afin qu’ils soient dénommés sous l’ethnonyme de « Ruanda/BanyaRuanda/Banyarwanda ».

C’est dans ces mots que le lecteur pourra comprendre ce désaccord en rapport avec le contentieux ‘Administration Coloniale et ces pasteurs Tutsi’. Parlant d’obstacles que rencontreraient les mesures visant à changer les convictions pastorales de Banyamulenge, Weis (1956: 276-78) révèle que l’un de ces obstacles est  « des antécédents fâcheux aux relations entre les Ruanda et l’administration [coloniale]. Le refus prolongé d’admettre leur introduction et leur immigration, suivi de leur rejet d’un territoire à l’autre, puis, après leur fixation de fait dans la chefferie, l’indécision quant à leur intégration (création puis désintégration du groupement Budulege), tout a contribué à mettre les Ruanda au ban de notre influence. L’administration ne peut plus s’étonner de leur réticence ».

Par interprétation du paragraphe précédent, le bloggeur retient que l’administration coloniale avait d’antécédents fâcheux entre elle et leurs sujets dont elle a eu des difficultés à gérer. Quelques passages dans Weis prouvent à suffisance que l’administration Belge, pour des raisons moins clairement élucidées, avait même décidé d’isoler politiquement les Banyamulenge, de les discriminer au point de décider une forme de relégation. En plus de cela, l’administration coloniale avait connu des difficultés afin de convaincre ceux qui deviendraient par après les Banyamulenge de sa version par rapport à l’introduction ainsi que l’immigration de ces derniers. Il s’agit d’un aspect révélateur qui ferait croire que la version européenne était que les Ruandas, comme ils les appelaient, étaient originaire du territoire qui deviendra enfin l’actuel République du Rwanda et qu’ils se seraient installés au Congo-Belge approximativement peu avant leur arrivée.

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Est du Congo et ses frontieres

Loin de ces divergences sur l’établissement et l’immigration, Weis révèle aussi que les Banyamulenge avaient été réticents vis-à-vis des colonisateurs comparativement aux Bavira. Il souligne que ces Banyamulenge avaient fait l’objet d’une politique d’isolement mais aussi de ‘surveillance’. De surcroit, en dépit d’être nomades ou pasteurs-éleveurs de vaches, leurs hameaux étaient presque forts et durables par rapport à ceux de Bavira. Ils pouvaient durer entre 5-10 ans alors que ceux de Bavira étaient durables en dessous de 7 ans. Parlant de leur gestion politique de villages, l’auteur affirme que leur « système de gestion de cite » était aussi active et respectueuse, ayant de conseils de notables actifs que ceux de Bavira. Weis (1959 :259, note 1 de bas de page) l’exprime en ces mots : « cet isolement particulier du haut versant et du plateau explique-t-il le maintien de traditions politiques chez les Ruanda ; chefs de villages écoutés, conseils de notables actifs ? Cette hiérarchie mieux cristallisée travaille à rencontre [l’encontre] de l’administration, qui se plaint encore, en 1954, de ne pouvoir gouverner les Ruandas ». Cet extrait prouve que les Banyamulenge pourraient avoir été victimes d’insubordination à l’égard du colonisateur qui avait difficile à supporter un tel comportement.

L’organisation de cet article est subdivisée en deux sections. La première discute de l’origine de Banyamulenge et leur établissement dans le Kivu. La seconde parle de leur parcours ainsi que d’indices de manipulation, source de contestation de leur identité.

  1. Origine des Ruandas/Hamites/Watuzi et Etablissement au Kivu.

L’origine lointaine d’un peuple serait difficile à établir en se basant seulement aux écrits européens. Il peut paraitre compromettant d’admettre que les légendes et récits oraux qui ont été transmis d’années en années aient été mieux retenus par les écrivains que nous exploitons aujourd’hui. En dépit de temps long qui s’estiment en siècles, les écrivains européens, colonisateurs ou explorateurs avaient du mal à s’entendre avec les populations africaines. Ces ouvrages qui nous renseignent aujourd’hui auraient souvent été écrits en passant par plusieurs langues d’interprétation. Ces mécanismes de traduction présentent souvent de failles, surtout que les personnes utilisées n’étaient pas de professionnels qualifiés en interprétation. A titre d’exemple, il est à retenir que Weis précisément avait été obligé de passer par le Kinyamulenge, Kifulero et Kiswahili pour rédiger son ouvrage en Français. Il semblerait que cette traduction en différentes langues devait inévitablement souffrir des failles énormes. Toutefois, la science nous oblige aussi de mieux exploiter et interpréter ces ouvrages car pouvant nous éclairer. En voici notre lecture par rapport à l’établissement de Banyamulenge:

Selon Moeller (1936 :93), les semi-légendaires Bashwezi ayant pour origine Hamites avait gouverné le royaume de Kitara (ici nous sommes en Uganda) entre le XI et le XIVe siècle. La dynastie Babito d’origine Hamites ou Nilotiques parvint à détrôner les Bashwezi dans l’ancien royaume de Kitara. Ce changement de pouvoir ferait que lesdits Bashwezi fuyant ont pris la direction Sud « en formations qui associent Hamites, Bantous (Bairo, Bahutu, etc.) et Batwa[4] » ; et d’assurer qu’on les retrouve enfin sous l’appellation de « Batutsi ou Watuzi ». Toutefois, Moeller (1936 :14) semble évoquer que les Babito n’auraient eu le plein contrôle sur l’étendue de cet ancien royaume vers le XVIIe siècle. Par conséquent, on peut s’imaginer qu’entre le XIVe et XVIIe siècle, le royaume de Kitara n’était que dans une situation de guerre de contrôle entre les différentes forces sur terrain. Ce désordre de plus de deux siècles dans le royaume de Kitara semblerait avoir été à l’origine de déplacement migratoire de plusieurs groupes ethniques vers le Sud.

De leur part, dans leur ouvrage publié deux décennies avant celui de Moeller, Viaene et Bernard[5] (1910 :1030-31) estiment qu’en s’établissant à l’Est de ce qui deviendra le Congo-Belge, les Watutsi seraient venus du Nord. Ils l’affirment en ces mots « à l’Est, résident des peuplades de caractère somatologique assez dissemblable, en dépit d’une parenté certaine. Ainsi, les Watutsi qui semblent prédominer dans le Ruanda, l’Urundi, l’Ujiji et jusque dans l’Ufipa, ont la peau très foncée ; les Wahinda[6] qui forment l’aristocratie de l’Unyoro, d’Ankole, et de Toro, l’ont assez claire et presque rouge. Ces deux peuplades de race Ethiopienne qui se tiennent sur la frontière orientale du Congo mènent une vie pastorale. Elles sont venues du nord [pour] s’établir au long des grands lacs, après avoir subjugué ou refoulé les tribus aborigènes ». Le lecteur qui connaissant mieux la partie orientale citée dans cette citation pourra facilement imaginer qu’elle est sa position Nord. En plus, on nous parle de subjuguer/refouler, mais des tribus dits « Aborigènes ». La notion Aborigène reste information importante qui peut faire objet d’analyses profondes du fait que la plupart d’autres formations ethniques y seraient établies relativement durant les périodes proches.

Watuzi
Watuzi, selon les Allemands

L’affirmation de Viaene et Bernard semble diverger avec plusieurs ouvrages écrits sur l’histoire d’établissement de Watutsi au Congo-Belge. Plusieurs de ces ouvrages les croient être venus du Rwanda et du Burundi pour ceux qui s’installèrent spécifiquement au Sud-Kivu. De l’avis du bloggeur, il s’agit d’une information supplémentaire qui ouvre une voie à son exploration. Nous y attachons une importance car Moeller semble abonder dans le même sens. Parlant de leur parcours (cfr 2e section pour des détails) vers le Sud-Ouest du lac Kivu, Moeller (1936 :116) croit que « cette migration [des Watuzi], qui laisse en cours de route les formations que nous trouvons échelonnées le long des Grands Lacs (notamment au Ruanda[7] et en Urundi), atteint au Sud-Ouest du lac Kivu la région de la Lwindi (ou Ulindi), soit en passant par le Nord et l’Ouest du lac (voie qui paraît la plus communément suivie), soit en traversant celui-ci, soit en traversant la Ruzizi au Sud ». L’auteur semblerait implicitement épouser l’idée selon laquelle lesdits Watuzi/Batutsi auraient atteint la Lwindi en passant par le Nord et l’Ouest du lac Kivu. Cette trajectoire semble être l’itinéraire qui a largement été suivie lors de cette migration. La traversée de la rivière Rusizi au sud du Lac Kivu est aussi probable, indication que ces Watuzi auraient passés par l’actuel Rwanda.

On en déduirait aujourd’hui que les Watuzi dont on fait allusion ici ont pu traverser la région actuelle du Nord-Kivu en direction du Sud dans laquelle se trouve la région de Lwindi. Ils auraient sans doute contourné le lac Kivu à l’Ouest de celui-ci en direction du Sud. On s’accorderait avec les deux auteurs car les mouvements Watuzi provenant du royaume de Kitara (Ouest de l’Uganda) ne devraient inévitablement pas passer par l’actuel Rwanda-Burundi. Toutefois, cela ne signifie pas que certains de ces Watuzi dans la région Sud-Kivu n’auraient pour origine les deux pays ci-haut cités. Il sied de retenir que l’aspect important est l’exactitude sur l’établissement et non le parcours. Toutefois, dans la logique de reconstruire cette histoire, l’itinéraire ne pas un facteur à négliger car pouvant fournir d’indication par rapport à la vérité.

En ce qui concerne leur établissement dans le Kivu, le bloggeur a pu réaliser que les Watuzi qui ont atteint la Lwindi, se sont heurtés au gros de Warega. Ce choc de migration aurait fait que les Watuzi retournèrent vers le Nord ; alors que d’autres se sont vus obliger d’aller s’établir dans la région d’Itombwe. Moeller (1936 :116-17) l’affirme en ces mots : « … et au Sud (sur la Lwindi) elle [migration Watuzi] se heurte au gros des Warega et elle se replie alors vers le Nord, ramenant sans doute, avec les clans Bantous qui ont accompagné jusqu’à l’Ulindi, voire jusque dans l’Itombwe (chez les actuels Babembe[8]), leurs conducteurs, de nouveaux clans Warega ou métissés Warega-Batwa, issus de l’Itombwe ». Dans cet extrait, on souligne qu’il s’agit de « chez les actuels Babembe » pour signifier que durant cette migration, le territoire d’Itombwe n’appartenait certainement pas aux Babembe. En plus, il importe de souligner que le « gros Warega » dans le Lwindi se situerait vers les années 1650 (Moeller, 1936 :10 ; 45-46). Le bloggeur associe la notion dite de la « dernière dispersion » ainsi que le refoulement de Basikalangwa par les Warega. De ce fait, le lecteur saisirait que ce choc migratoire entre Watuzi et Warega aurait été une indication d’établissement des premiers dans l’Itombwe vers le XVIIe siècle.

Haut Plateau
Vue du Plateau d’Uvira

En résume, le bloggeur pense que l’origine des Watuzi/Batutsi/Banyamulenge (spécifiquement pour ce qui est le cas du Sud-Kivu) entrerait simplement dans l’histoire migratoire (si du moins cette version est la vraie) qui aurait caractérisée l’Afrique centrale. De deux, il semblerait que leur établissement, loin de manipulation et amalgame coloniale, aurait eu lieu vers le XVIIe siècle. Le détrônement de Bashwezi par le Babito, l’estimation du siècle où les Babito régnèrent sur le royaume de Bunyoro-Kitara, l’itinéraire probable suivi pour atteindre la Lwindi ainsi que le choc avec d’autres groupements politiques dits « ethniques », pourraient signifier que la direction suivie n’aurait inévitablement pas été le Rwanda-Burundi. Nous estimons aussi que ces mouvements migratoires ont été aussi larges à tel point que certains groupes auraient traversés peut-être le Rwanda et le Burundi pour venir s’installer vers la partie orientale de ce qui est la RDC aujourd’hui.

La section suivante discute le parcours ainsi que l’origine de la contestation.

  1. Parcours Migratoire des Banyamulenge/Watuzi/Ruandas : Manipulation & Contestation

Comme nous l’avons signalé dans la section I, il semble que le parcours migratoire de Watuzi est aussi sujet de débat. Des sources concordantes font remarquer que les Watuzi seraient venus du royaume de Kitara, de l’Ankole ou soit de Bunyoro. Leur établissement dans la partie orientale de l’actuel RDC pourrait avoir eu comme itinéraire, de l’actuel Uganda vers l’Est du Congo ou en passant par l’actuel Rwanda vers le Nord et Sud-Kivu. La littérature à notre disposition ne nous permet pas d’affirmer ou d’infirmer l’une de ces possibilités qui ne sont exclusives. Ce qui importe, c’est de savoir quand avaient-ils été établis sur ce territoire qui deviendra enfin la RDC. La question d’établissement est aussi à moitié répondue dans la section précédente. Hormis les Banyarwanda qui auraient rejoints le processus de transplantation coloniale au Nord-Kivu, il s’estimerait vers le XVIIe siècle.

Partant des affirmations de Viaene et Bernard (1910 :1030-31) et Moeller (1936 :116-17) ci-haut citées ainsi que celles de Weis (1956 :149) affirmant aussi que « l’immigration des Ruanda précéda l’intervention européenne » ; le bloggeur estime que le parcours de Watuzi peut ne pas être inévitablement l’actuel Rwanda et Burundi. Du fait que ces derniers auraient quitté l’actuel Uganda vers le XIVe siècle, il était difficile aux européens (colonisateurs ou explorateurs) d’en préciser aussi le parcours. L’origine des failles peuvent se situer dans la reconstruction des mémoires, l’intérêt politique autour des dossiers analysés par les explorateurs-colonisateurs, mais aussi celles liées à l’interprétation.

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Uganda (Royaume de Kitara) ainsi que la Partie orientale du Congo

Pour mieux fixer l’opinion, il importe de retenir que l’actuel découpage territorial et administratif de l’Uganda fait remarquer que le royaume de Bunyoro-Kitara se situerait bien sûr à l’ouest (et une partie vers le sud-ouest) de ce pays. Cet ancien royaume aurait été découpé en 4 districts qui sont Hoima, Masindi, Kibale et Buliisa. La position de ces districts par rapport à la partie qui contournerait le lac Kivu à sa cote Ouest, amènerait quelqu’un à affirmer que le parcours de Watuzi ait largement été la traversée de l’actuel Uganda vers le Nord et Sud-Kivu ; sans toutefois passer par le Rwanda et le Burundi. Nonobstant, il y aurait aussi ceux-là qui sont passés par ces deux pays. Maquet cité par Mutambo, nous en donne aussi quelques indications.

Pour Mutambo (1997 :13-14) citant Jacques Maquet[9] qui décrit le peuplement d’Itombwe, en utilisant une photo d’un pasteur dit Tutsi, ce dernier affirme que « … tandis que les [peuplements] plus récents, ceux de Chwezi[10], Tutsi, Hima sont vraisemblablement postérieurs aux XII et XIIIe siècles après Jésus Christ. … le quatrième groupe, celui des pasteurs nilotiques, traversa le Nil Victoria, entre l’Albert et le Kyoga, vers la fin du XIVe siècle et le début du XVe siècle ». De cette affirmation de Maquet, il ressort encore une fois que le parcours qu’auraient entrepris les Bashwezi vers l’Itombwe serait soit entre les lacs Albert et Edouard ou en dessous de ce dernier. Maquet semble confirmer les affirmations de Viaene et Bernard d’une part et celui de Moeller, d’autre part. La question que le lecteur se poserait est celle de savoir comment Mutambo, se basant sur la tradition Banyamulenge, parle d’origine Rwandaise, Burundaise et Tanzanienne de ces derniers.

Pour Mutambo (1997 :18-19), il serait possible que les Banyamulenge serait venus du Rwanda, du Burundi et de la Tanzanie. L’auteur, se basant sur la tradition orale des Banyamulenge, situe la présence de ces derniers sur le territoire qui deviendra enfin la RDC de cette manière : Le premier groupe dont on ne sait pas clairement estimer la date de leur arrivée sur ce territoire, appartiendrait à la famille Serugabika, dont issu le clan Abagabika. En s’installant dans la plaine de Rusizi, ils se seraient suivis par d’autres venus de l’actuel Tanzanie. Le deuxième groupe à s’installer dans la plaine de Rusizi, appartiendraient aux Abanyabyinshi et leurs partisans. En fuyant le conflit au sein de la famille royale, ils se seraient installés dans la plaine de la Rusizi vers 1510-1543. Le troisième groupe aurait fui la « famine de pomme de terre » qui sévissait dans l’actuel Rwanda entre 1746-1802.

Partant de ces données de Mutambo, il importe de souligner qu’il s’agit d’estimation qui combine les informations fournies par l’Abbé Alexis Kagame ainsi que les récits oraux de Banyamulenge eux-mêmes. De ce fait, une convergence se dégage par rapport à l’estimation de la période durant laquelle les Banyamulenge se seraient installés dans la partie orientale de la RDC comme l’affirment Viaene et Bernard et Moeller. Quant au parcours entrepris, Mutambo croit que les Banyamulenge du Sud-Kivu auraient traversés la rivière Rusizi. Ces récits peuvent ne pas être aussi précis qu’on peut l’imaginer. Pour mieux comprendre cet argument, il suffirait de voir les générations qui séparent l’arrivée de ces pasteurs Tutsi dans l’Itombwe ainsi que la publication de ces ouvrages écrits après l’arrivée des européens.

Hiernaux[11] (1964 :377) estime que les générations qui séparaient son enquête menée entre 1954-55 et l’établissement de Tutsis d’Itombwe étaient de 6. Clairement, l’auteur exprime cette idée en ces mots: « le nombre de générations écoulé depuis la migration des Tutsi est faible : une seule pour 15 % des sujets, tout au plus six pour les autres ». Selon Hiernaux, pour plus de 85% de personnes enquêtées, ils auraient été établis dans l’Itombwe depuis 1774 comme l’estime Mutambo (1997:21). Cette estimation considère qu’une génération dure au minimum 30 ans. Il est important de rappeler au lecteur que Hiernaux exprime un récit oral retraçant une histoire datant de 180 ans. Deux siècles durant, il y a une possibilité justifiable de penser que certaines informations aient perdues ses détails. Ensuite, le lecteur comprendrait comment ces pasteurs Tutsis saisissent dans le temps et dans l’espace la notion du Rwanda.

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Foret d’Itombwe pres de Tumungu

Le lecteur averti ne devra pas faire abstraction de l’implication du temps de l’enquête de Hiernaux. Il est necessaire de souligner que l’enquête est menée vers les années 1954-55 qui annonçait déjà l’indépendance des anciennes colonies en Afrique. C’est fut le même cas pour le Congo-Belge qui accéda à son indépendance en 1960. Pour ce faire, un observateur indépendant peut aussi imaginer que de données de migration avaient été manipulées pour de fins politiques ou ont connus de failles lors de leur reconstruction. C’est dans ce sens que le lecteur a besoin de se demander pourquoi les colonisateurs avaient pendant longtemps opté à la politique d’isolement et de surveillance des Banyamulenge ?

Comme nous l’avons souligné en haut, Weis (1959 :149) révélant une idée tourmente qui aurait été à l’origine de la politique coloniale Belge à l’égard de Banyamulenge. Il affirme que « ces pasteurs [Ruandas] offrirent à l’administration plus de réticence que les Vira : mal fixés encore, réfractaires à l’impôt et au recensement, destructeurs de la forêt d’altitude, menaçant de dominer les peuples congolais et de les soustraire à l’influence européenne, ils firent l’objet d’une discrimination sévère ». De ce fait, il y a mille raisons de croire qu’une liaison existe entre ce comportement des Banyamulenge dit « rebelle » et la réaction de la part des colonisateurs. De la réticence, on peut y coller tous les qualificatifs comme réfractaires, destructeurs, hégémonie etc…

Alors que les européens et en particulier Weis (1959 : 148 ; 149) ont du mal à préciser la date fixe de l’établissement des Banyamulenge au Sud-Kivu, ils se contentent d’affirmer seulement que leur « immigration » ait été intervenue avant « l’intervention européenne » ou vaguement « peu avant 1900 ». Alors qu’il s’appuyait largement à l’ouvrage de Moeller, Weis (159 :141 note de bas de page) n’a pas fait mention de ces « Watuzi descendants de Bashwezi » tel que stipulait le premier. Et plus tard, dans le même ouvrage, Weis donne une autre révélation stupéfiante comme quoi les Banyamulenge avait toujours opposé la version du colonisateur par rapport à leur ‘immigration’ et introduction dans l’Itombwe. Le lecteur permettra que ce passage soit répété pour en déchiffrer son contenu. Weis (1959 :276-78) affirme que l’un des obstacles majeurs que rencontreraient l’éducation pastorale de Banyamulenge est « des antécédents fâcheux aux relations entre les Ruanda et l’administration. Le refus prolongé d’admettre leur introduction et leur immigration, suivi de leur rejet d’un territoire à l’autre, puis, après leur fixation de fait dans la chefferie, l’indécision quant à leur intégration (création puis désintégration du groupement Budulege), tout a contribué à mettre les Ruanda au ban de notre influence. L’administration ne peut plus s’étonner de leur réticence ».

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Village actuelle Banyamulenge

Bizarrement, alors que ces pasteurs menaient une vie pastorale traditionnelle à laquelle l’administration aurait dû trouver une solution, Weis appelle cette culture pastorale comme un   « rejet d’un territoire à l’autre ». On se demanderait pourquoi de mesures attractives n’auraient pas été prises pour mieux installer ces pasteurs ? Mais la question qui suscite un questionnement est celle de savoir pourquoi le groupement Budulege avait été « reconnu » par l’administration coloniale, et ensuite désintégré ? Alors qu’en 1950 certaines mesures avaient été prises et réussies d’installer sédentairement les Banyamulenge dans Bijombo, Tutanga (Gatanga) et Musondja (Mushojo peut-être), il parait que l’intention coloniale n’était pas celle-ci. Weis (1959 :149) souligne que depuis 1930, l’administration coloniale avait toujours voulu empêcher les Banyamulenge de s’établir librement dans les zones de Mwenga, Fizi et Uvira. Et la raison était simplement de protéger les mines d’or.

Nonobstant, le traitement que l’administration coloniale avait longtemps réservé aux « Ruandas » d’Itombwe constituait une ségrégation nette aux yeux de leurs officiels et agents. C’est dans ce sens que Weis (1959 :277) s’étonnait de l’origine d’une ségrégation pareille. Dans ses propres mots, il se demandait « pourquoi cette ségrégation, car c’est de cela qu’il s’agit ? Pour protéger les Vira de l’implantation de populations nouvelles sur des terres qu’en réalité ils n’occupent pas, ou bien pour les préserver d’une sujétion politique basée sur un « capitalisme » pastoral ? C’est douteux, car on a laissé les Ruanda s’établir sur le versant du lac, au contact même des Vira, et on leur a interdit le plateau ». Il continue en revela que « la mesure voulait plutôt protéger des concessions minières, aux confins des territoires de Fizi, de Mwenga et d’Uvira, et des réserves dont on voulait conserver les forêts ». On peut facilement s’apercevoir que l’administration coloniale se considérait comme celle habilitée à autoriser un peuple qu’elle a trouvé sur un territoire lointain et déterminer où il devait s’installer. La réalité était plutôt qu’il s’agissait d’un souci implicite de préserver les concessions minières ainsi que des forets. Ne s’agit-il pas d’un autre capitalisme qui n’est pas pastoral ?

La ségrégation ainsi que l’isolement n’étaient pas les seules manœuvres qui caractérisaient l’administration coloniale vis-à-vis de Banyamulenge. Weis (1959 :150) ajoute que : « l’administration ne cessa pas, pour autant, de « surveiller » les Ruanda ; elle les organisa en un groupe distinct, et, faute de parvenir à l’isolement politique voulu, changea radicalement de tactique en 1953 pour distribuer leurs villages entre les différents groupements Vira ». Il continue en disant « en fin 1954, elle [administration coloniale] envisageait d’annuler cette nouvelle mesure [de distribution de leurs villages] et même de cesser de freiner la disposition des Tutsi pour l’organisation, d’admettre de leur part une influence politique sur les Vira, en nommant par exemple certains d’entre-eux capita de village ou chef de groupement ». En lisant ce passage, le lecteur comprendrait que l’administration coloniale n’avait probablement pas voulu que les Banyamulenge aient une certaine responsabilité politique. Elle alla loin au point de démettre même les Kapita (chef de villages) de villages. Ces mesures étaient prises en l’encontre de personnes dont Weis reconnaissait la capacité de s’administrer localement.

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Elevage, Activite principale chez les Banyamulenge

Pour comprendre cette capacité d’auto-administration locale, le lecteur retient que Weis (1959 :259, notes de bas de page) se demandait si « l’isolement » du haut plateau peut expliquer le maintien des « traditions politiques », « chefs de village écoutés », « conseils de notables actifs » des Banyamulenge ? Tout en admettant que « Le chef des Vira ne dispose pas d’un pouvoir réel » d’une part ; l’auteur souligne d’autre part que la hiérarchie des Banyamulenge est « mieux cristallisée [et] travaille à rencontre [l’encontre peut-on lire] de l’administration, qui se plaint encore, en 1954, de ne pouvoir gouverner les Ruanda ». Etonnement, l’auteur affirme que jusqu’à la veille de l’indépendance, l’administration coloniale avait encore difficile à s’imposer politiquement au peuple dit « pasteurs ». S’agissait-il d’un peuple dit « immigré » qui oppose les colonisateurs ? La réponse constituerait un sujet des débats houleux. Toutefois, on en déduirait que cette incapacité de l’administration coloniale aurait été à la base de sa politique dans le Pays d’Uvira. Celle-ci ne voulait même pas que les Vira ou Bavira vivant dans le groupement Banyamulenge soit leurs sujets ; alors que le contraire était admissible.

Il est inimaginable de concevoir que les Belges estimaient invraisemblablement que les Bavira habitant dans les villages dont les chefs étaient Banyamulenge/Ruandas soient détachés de ceux-ci. Parlant de l’avenir et du rôle de l’administration coloniale dans les chefferies d’Uvira, Weis (1956 :271-88) émet quelques mesures à prendre pour que la région accède à l’autosuffisance alimentaire. Ces dernières passaient par le développement de la pêche ; fournir une éducation alimentaire (qualité et hygiène) aux « indigènes » ; développement de l’agriculture avec des cultures rationnelles ; éducation pastorale des Ruanda ; expansion des cultures commerciales… Et d’ajouter que ces mesures ne seront possibles que s’il y a établissement d’infrastructures routières, mise en place des coopératives rurales ainsi que la rénovation du pouvoir politique des indigènes.

Devant tous ces défis à laquelle s’heurte l’autosuffisance alimentaire de la région d’Uvira, l’auteur estime qu’il y a une nécessite de balancer l’économie pastorale par rapport à l’économie agricole. Il propose l’émigration des Bavira dans les chefferies et territoires voisins. C’est dans ce cadre que Weis (1956 :280) souligne qu’une des pistes serait la presqu’île d’Ubwari et la plaine de Rusizi. Weis ajoute aussi qu’« une seconde étape devrait permettre une migration plus accentuée de Vira vers le plateau, sans mouvement inverse aussi important des Ruanda ». Il estime qu’il n’y a « pas d’inconvénient à cela, car les pâtures ne couvrent aujourd’hui qu’une partie du plateau et laissent donc de l’espace libre, car plus tard l’élevage Ruanda, devenu plus intensif, chercherait moins à conquérir de nouvelles terres qu’à mieux utiliser le domaine exploité ». Le lecteur réalise que Weis, tout en proposant ces mouvements, semble sceptique que ces Bavira devinrent des sujets au sein des villages ayant pour Kapita les Banyamulenge.

Il estime que cette situation engendrerait un problème politique dans les relations entre les deux peuples. Weis (1956 :286) souligne qu’ « un problème politique particulier se pose [rait] dans la chefferie à propos des relations d’avenir entre Vira et Ruanda ». Soulignant la nécessite de distinguer le groupement Budulege et celui des Bavira dans le plateau, il ajoute que « cette division politique risque plus tard de soumettre les populations vira émigrées sur le plateau à une autorité Ruanda et de réserver à ceux-ci la gestion politique de la région viable de la montagne d’Uvira». Dans le même ordre d’idée, il insiste qu’il faut prévoir, « en plus de la réservation foncière, la création de nouveaux groupements vira dans les vallées du plateau où l’on pense installer peu à peu ceux-ci. Le plateau sera de cette manière partagé entre des groupements vira et Ruanda, dans une première phase accompagnant la mise au point des programmes d’éducation agricole et pastorale » Weis (1956 : Op Cit).

Alors les relations de voisinage entre Bavira et Banyamulenge n’avaient jamais connues d’hostilités, Weis (1956 :148 ; 218-19) impute cette accalmie au fait que ces derniers occupaient les terres appartenant traditionnellement aux premiers. Le lecteur se demanderait alors pourquoi l’administration coloniale pensait que le mouvement de Bavira vers le plateau créerait des problèmes entre ces deux communautés. De surcroit, Weis (1956 :286-87) proposait déjà une forme de « dosage des conseils de village, et des groupements, désignation ou élection de chefs appartenant au groupe majoritaire dans chaque unité politique », au cas où les Bavira décideraient de s’installer dans le Haut Plateau. Donc, on peut facilement réaliser que les Belges menaient une politique de deux poids deux mesures en défaveur de Banyamulenge.

Au vu de la volonté politique du colonisateur, il est de notoriété scientifique d’émettre de doutes par rapport aux récits qui font l’objet de cette discussion. Il semblerait que la question dite Watuzi ait fait l’objet d’interprétation erronée ou soit de manipulation politicienne depuis l’arrivée des européens. Cette mise en doute peut s’appuyer sur les déclarations approximativement contradictoires dont on retrouve dans les ouvrages écrits de ces écrivains. Deuxièmement, on retrouve le concept Watuzi dans des contextes qui semblent opposer des classes, celle dirigeante et celle de masses. Tertio, les ouvrages coloniaux n’utilisent que d’ethnonymes variables pour un peuple qu’ils considéraient comme un seul. A titre d’exemple, on les appelait Bashwezi/Chwezi ou Hamites dans Bunyoro-Kitara, ils redeviennent Watuzi/Batutsi, Pasteurs d’Itombwe et pour enfin devenir les Ruanda/BanyaRuanda.

Banyamulenge
Banyamulenge de Minembwe (Photo Imurenge.com)

Le lecteur se demanderait pourquoi Moeller considère que les familles régnantes de Bashi, Banyintu, Barinyi, Balindja, Bazibaziba, des Bahavu, des Bafulero, voire des Ruanda appartiendraient au groupe Watuzi. Mais en plus, dans les ouvrages coloniaux et spécialement celui de Moeller, ces derniers sont dénommés comme étant des « conquérants ». Moeller (1936 :16-17) le stipule en ce sens « à l’origine des familles régnantes se trouvent des conquérants venus du Nord-Est du lac Kivu, et sans doute de sang watuzi, qui ont pénétré jusqu’aux rives de l’UIindi, d’où ils refluèrent vers le Nord, entraînant avec eux divers clans warega et Batwa de l’Itombwe, soumettant les autochtones « Balega » et peut-être aussi Barungu, ainsi que les débris des clans venus à leur suite et laissés en arrière ». On se poserait la question de savoir si, dans l’entendement de colonisateurs, la tache de régner devait appartenir aux seuls Watuzi ou leurs descendants? (voir aussi Moeller, 1936 :117). Il est aussi possible que cette lecture et expression des faits visaient à opposer ces deux catégories, classe régnante et leurs sujets.

Alors que l’existence des éléments dits Batwa, Batutsi/Bahema, Bahutu ne se dissociaient pas et seraient antérieurs à leur établissement dans le Rutshuru selon Moeller, il est aussi curieux de concevoir pourquoi dans ce même ouvrage, l’auteur cite ce territoire comme appartenant aux « seuls » Bahutu (Moeller, 1936 :111-13). Et en plus de cela, en contradiction avec l’affirmation en Moeller (1936 :116) attestant qu’au XVIIe siècle, les « Watuzi descendent vers le Sud en formations qui associent Hamites, Bantous (Bairo, Bahutu, etc.) et Batwa. ». De plus, une confusion se dégage dans le passage qui affirmerait que les Hamites/Bashwezi ont mis en mouvement les Bahunde, Banande et Bahutu. Moeller (1936 :30) en affirme que « plus tard, vers le milieu du XVIIe siècle, les Hamites Bashwezi, détrônés par les Babito et refoulés vers le Sud, ont mis en mouvement les migrations consécutives: Bahunde, Banande, Bahutu, etc., pénétrant au Congo par la même trouée ou par l’Entre-Edouard-Kivu ». Encore une fois, on peut relaiser que Moeller semble affirme que le parcours de Watuzi est entre Edouard et Kivu. Ensuite, on se demanderait comment les Bahutu qui sont toujours mêlés aux Batutsi-Batwa auraient connus un mouvement migratoire à cause des Bashwezi qui enfin sont considérés comme les ancêtres de Batutsi. Ces éléments Bashwezi-Batutsi se seraient dissociés aux Bahutu ? La question est difficile à répondre mais évoque une certaine imprécision.

Au même moment, Moeller (1936 :111) dirait que l’association Batwa-Batutsi-Bahutu occupant le territoire de Rutshuru serait généralement assimilée aux éléments vivant dans les territoires frontaliers de l’Uganda-Ruanda. Par conséquent, il propose que cette association soit simplement appelée BanyaRuanda ; c’est-à-dire « le Ruanda, au sens élargi, embrassant une partie du protectorat britannique ». Fallait-il que ces éléments soient assimilés seulement au Ruanda, alors qu’il y avait dans l’Uganda leurs semblables ? En étendant cette interprétation au Sud-Kivu, précisément dans l’Itombwe, il convient de préciser que chez les Banyamulenge cette distinction entre Batwa-Bahutu-Batutsi n’existe pas. Chez les Banyamulenge, la seule identité qu’ils reconnaissent est l’appartenance à leur communauté, à moindre échelle, ils s’apparentent au groupe Tutsi. Alors, on se demanderait la raison d’être qui ont fait que les ouvrages coloniaux les dénomment comme des « Ruanda ». A ce niveau, on comprendrait l’origine du contentieux politique qui opposait l’administration coloniale aux Banyamulenge (Weis, 1956 :276-78). Ces Banyamulenge avaient-ils été victimes de confusion ou manipulation politique ?

Itombwe camp 3

Pour mieux comprendre cet aspect de confusion/manipulation, il convient de souligner que nous sommes devant un peuple pasteur, dans un contexte africain. Qu’ils soient venus vers le XVIIe siècle, avant ou après, ou même en différentes périodes, le lecteur reconnaitra qu’ils ne sont pas les responsables des ouvrages écrits par les occidentaux. Aucun de ces ouvrages n’atteste pas que les Banyamulenge se soient installés après les européens sur ce territoire qui deviendra par la suite le Congo Belge. Selon Weis (1956 :218-19), leur activité principale était l’élevage. Entre 1954-55, RESIMONT[12] en avait dénombré 11000 têtes de bovins appartenant aux Banyamulenge. Comme ces pasteurs n’étaient pas à mesure de publier leurs propres ouvrages retraçant leurs récits, plusieurs chercheurs ne recourent qu’à ceux publiés. On imaginerait, d’ailleurs que les révélations (autour du contentieux) de Weis, auraient été bien explicitées si l’écrivain était ‘impartial’ ou animé par le souci de défendre ce peuple. Par conséquent, on serait tenté de croire que la vraie version d’établissement de ces pasteurs sur ce territoire qui est la RDC aujourd’hui serait proche de celle de Moeller citant les Watuzi d’Itombwe.

Pour rappel, Weis ne discute que les Banyamulenge ne vivant que dans le Pays d’Uvira, c’est-à-dire, le territoire d’Uvira. Et d’ailleurs, il ne va pas loin que jusqu’à Bijombo, Chanzonvu, Gatanga et Masango (Weis, 1956 :119). Il affirme que les Banyamulenge avaient eu un groupement qui avait été dissout et rétablit. Ce groupement est celui de Budulege, disons Budurege en Kinyamulenge. En parcourant l’ouvrage de Weis, le bloggeur a pensé qu’il est possible que parmi les 6 groupements[13] composant le Territoire d’Uvira, celui de Ruharura aurait appartenu aux Banyamulenge. Comme l’indique Weis (1956 :113), ledit groupement se situait entre les rivières Mugaja et Mulongwe ; avec 3 villages dans la vallée et 3 autres sur le moyen plateau. Le nom Ruharura, s’apparenterait au mot Guharura qui signifie ‘compter’ en Kinyamulenge ; alors qu’en Kinyarwanda, compter signifie Kubara. Loin de baser cet argument sur le seul mot Guharura, l’existence des villages de Munanira et Kalonge peuvent faire partie de soubassements (Weis, 1956 :122 ; 142). Ces deux villages appartenant aux Banyamulenge auraient été de grands centres de négoce. On peut s’imaginer que l’ancien chef du groupement (du nom de Ruharura) aurait été un Munyamulenge, qui pour des raisons de pâturages, ait abandonné celui-ci. Ce cas peut s’appliquer aussi au groupement Ruhekenya. Ruhekenya proviendrait du mot Guhekenya signifiant ‘mâcher’. Toutefois, il est possible que le Bafulero en utilise aussi moins souvent ce mot Guhekenya. Au lecteur de comprendre que le bloggeur évoque des pistes que les chercheurs peuvent profondément exploiter.

Alors que Moeller, Maquet… nous renseigne sur les Watuzi d’Itombwe vers le XVIIe siècle, on se demanderait où sont-ils partis pour que Weis (1936 :148) affirment que les pasteurs Tutsis seraient venus peu avant 1900. Est-il possible que l’expression « peu avant 1900 » peut s’étendre au XVIIe siècle ? Tout en affirmant que les Banyamulenge avaient établis le village de Galye en 1881, il croit ensuite que ces pasteurs Tutsi ont traversés Ruzizi pour s’installer au Congo-Belge. Alors que le Congo-Belge est formellement reconnu depuis la conférence de Berlin, Weis se contredirait en soutenant que 4 ans avant que celle-ci se tienne à Berlin, les pasteurs Tutsi vivaient déjà dans ce Congo-Belge. De surcroit, partant de l’information que ces pasteurs Tutsi se seraient installés premièrement à Lemera, l’auteur ne se soucie pas du temps pris pour qu’ils arrivent à s’installer à Galye. Malgré que l’intérêt de cet auteur n’était pas orienté dans ce sens, la logique imposerait de mieux estimer cette migration sur base cette information. L’information constituerait un point de départ qui indiquerait approximativement le parcours ainsi que l’établissement des Watuzi d’Itombwe.

On se permettrait d’estimer qu’une certaine manipulation ou une confusion aurait eu lieu. C’est peut-être pourquoi Weis (1936 :278) exigeait que la politique de relégation cesse. Il l’exprime en ces mots : « il s’avère au total que la politique de relégation — et aujourd’hui d’ignorance — des Ruanda est une erreur. Une erreur de principe au surplus, car rien, aucun droit, ni aucun souci d’épargner la végétation, ne permet d’empêcher une population d’occuper une terre vide ». Le lecteur en déduirait que la relégation était une politique institutionnalisée et qui avait peut-être pour finalité de gouverner les pasteurs ‘récalcitrants’. Peut-on affirmer que la politique coloniale était-elle toujours mal intentionnée ? Peut-être non.

  1. Conclusion

A un certain niveau, on analyserait les appréhensions des officiels de l’administration coloniale Belge comme disproportionnées. On comprendrait facilement leur crainte de voir les indigènes envoyant leurs femmes à plus de 2 Kms pour puiser de l’eau dont on considérait sans aucune distinction comme étant potable. Chez-moi on disait que « amazi ntahumanya » pour malheureusement signifier que toute eau est propre ! Dans les escarpements et dénivellations de Kirungu (ou Kirungwa), les officiels belges avaient réalisé que le choix du site où seront construits les hameaux n’incluait pas l’accès à l’eau (Weis, 1956 :168). La crainte par rapport à considération donnée à l’élevage par nombre des vaches sans penser à la productivité de ce secteur était aussi raisonnable. L’élevage devait servir d’un secteur productif du lait et de la viande et non de prestige.

Au lieu de s’étonner sur cet état de fait, le bloggeur croit plutôt que l’administration coloniale aurait fait de son mieux pour faire accéder l’eau potable aux indigènes ; tout en incluant d’autres facteurs qui inciteraient ces derniers à rester stable. Des mesures incitatives auraient prises dans le souci de résoudre l’ensemble de défis que rencontrait le développement de ces territoires. Dans le cas contraire, toutes les hypothèses sont ouvertes jusqu’à celui du manque de volonté politique de la part des colonisateurs. Toutefois, certaines mesures avaient été jugées comme contradictoires et sans issues, selon Weis (1956 :258-59) au point qu’elles exprimaient le désarroi, la définition erronée de problèmes politiques ainsi que le manque des connaissances au sujet d’organisations anciennes.

Pour clore cette discussion, il importe de souligner la nécessite de réécrire l’histoire de migration à l’Est du Congo en reconstruisant les récits et faits dans le souci purement scientifique. D’une manière particulière, cette migration doit préoccuper les chercheurs car ayant longtemps été une source de de contestation pour certains, d’imprécision pour les autres ainsi qu’origine de conflit et confrontation entre groupements politiques et communautaires. Sans toutefois sous-estimer les ouvrages existants, il sied de souligner qu’ils doivent servir des références qui nécessitent d’être revus. A plus forte raison, il importe de souligner que la plupart de ces ouvrages sont récents par rapport au peuplement dans la région. Ces ouvrages sont récents car les peuples concernés ne savaient pas écrire et conserver leurs écrits. Leurs récits peuvent souffrir de problèmes de mémoire ; mais ils peuvent contribuer à éclairer ceux existants.

Le lecteur se souviendra que la nette délimitation des frontières de la partie Est du Congo eut lieu à la fin de la première guerre mondiale. En plus de cela, le contact profond entre l’administration coloniale et la population d’Uvira commença vers les années 1921. Weis (1956 :257-58) précise que c’est durant cette période que les colonisateurs avaient réussi à connecter Uvira et Bukavu par la construction de la route. Et c’est ce contact permanent qui facilita la colonisation du piedmont du pays d’Uvira. Pour ce qui est de la question de Banyamulenge, affirme que jusque récemment en 1930, l’administration coloniale n’avait réussi à assujettir les plateaux d’Itombwe ainsi que toutes les montagnes d’Uvira (Weis, 1956 :149). Cela signifierait que les ouvrages écrits sur le peuplement dans le Sud-Kivu auraient connu certaines failles dues au non-respect de quelques principes méthodologiques de recherche. D’où cette nécessite qui nous oblige de poser une pierre de fondation pour la stabilité de cette partie du territoire. Pensez-vous autrement ? Votre contribution pourra apporter une pierre de plus.

 

NTANYOMA R. Delphin

Secrétaire Exécutif & Coordonnateur

Appui au Développement Intégré &

à la Gouvernance

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

[1] Pour plus de précisions par rapport à l’origine et les mobiles d’initier/vulgariser l’ethnonyme Banyamulenge, le lecteur peut consulter Mutambo-Jondwe, Joseph. 1997. Les Banyamulenge: Qui sont-ils? D’où viennent-ils? Quel Rôle Ont-Ils Joué (et Pourquoi) dans le Processus de la Libération du Zaïre? Kinshasa, RDC: Imprimerie St Paul ; en ses pages (16-17 & 42).

[2] Weis, G (1959), Le Pays d’Uvira : Etude de géographie régionale sur la bordure occidentale du lac Tanganika, Académie Royale des Sciences Sociales, Mémoires in-80. Nouvelle série. Tome VIII, fasc. 5 et dernier Bruxelles

[3] Pour une raison pratique, le bloggeur utilisera, sauf en citations directes, les Banyamulenge en lieu et place des Ruandas du Sud-Kivu. Dans le cadre général, les Ruandas signifiera ce peuple que les Européens ont désigné comme originaire de l’actuel Rwanda.

[4] Veuillez consulter Moeller (1936:116) pour plus d’éclaircissements.

[5] Viaene, Ernest & Fernan Bernard (1910), Contribution à l’Ethnologie congolaise. Essai de Classification des Peuplades et Etude étymologique de leurs Noms. Anthropos, Bd. 5, H. 4, pp. 1027-1057

[6] Abahinda constitue actuellement l’un des clans de Banyamulenge. Les légendes orales semblaient croire qu’un grand nombre de ces derniers auraient, lors du mouvement de Lwindi, pris la direction Ouest vers Maniema et Kassai. Certains seraient les actuels Baluba du Kassai ou BashiLuinda. Il s’agit d’une information exploitable car aucune recherche n’y a jamais été orientée.

[7] Au lecteur de saisir Ruanda comme pays actuel Rwanda. Urundi=Burundi

[8] Comme si l’auteur voulait dire que le territoire qu’ils ont occupé n’appartenait pas aux Babembe durant la période migratoire.

[9] Jacques Maquet, in Dictionnaire des civilisations africaines. Fernand Bazan, 35-37, rue de Seine Paris 6e, 1968

[10] Certains ouvrages utilisent Chwezi pour signifier Bashwezi. Les deux mots s’utilisent l’un à la place de l’autre.

[11] Hiernaux Jean. Note sur les Tutsi de l’Itombwe. [La position anthropologique d’une population émigrée.]. In: Bulletins et Mémoires de la Société d’anthropologie de Paris, XI° Série. Tome 7 fascicule 4, 1965. pp. 361-379

[12] Résimont, qu’on reconnait souvent sous le nom de Rezima, était le vétérinaire principal de l’Itombwe. Les récits oraux des Banyamulenge le citent souvent comme l’homme « méchant » qui exigeait qu’il soit porté pendant des années et des années sur un Tipoy durant son séjour dans les Plateaux. Alors qu’il n’avait pas aucune infirmité, du village au village, il se faisait transporter afin de mieux mener sa mission vétérinaire.

[13] Les groupements du Territoire d’Uvira cités dans Weis sont: Kamba-Makobola, Huseni, Raly, Ruharura, Kitwika-Bahuga, Ruhekenya. D’autres noms, sauf Ruhekenya, n’appartiennent pas au Kinyamulenge.

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