Edem Kodjo: Convaincre l’Equipage Sans Divergences de Fond?


Edem Kodjo, l’ancien Premier Ministre Togolais, Secrétaire Général de l’Organisation de l’Union Africaine, diplomate et membre du Comité des Sages de l’Union Africaine (UA) serait encore une fois de retour à Kinshasa, selon les différentes sources. Il s’agit de convaincre les acteurs politiques congolais afin de trouver une solution autour du dialogue visant à décanter les enjeux liés au processus électoral en RDC. Il a été désigné facilitateur de l’Union Africaine afin d’accompagner RDC pour « mieux atterrir en 2016 ». Bien que le dialogue annoncé il y a au plus de 4 mois connaisse certaines divergences au sein de la classe politique ; l’article se repose la question de savoir si ces divergences sont-elles de fond ?

Je vous ramène d’abord au village avec une histoire qui me revient en tête et qui justifierait pourquoi nous n’avons pas eu accès aux routes, infrastructures scolaires, sanitaires etc.

Quand nous étions encore gosses, de temps en temps il nous arrive d’envahir les champs soit de maïs, manioc ou même des prunes. Ces champs appartenaient à des voisins sans distinction d’appartenance communautaire. La présence de quelqu’un pouvait épargner leur champ car nous craignions qu’il finisse par dénoncer ces envahisseurs. Toutefois, c’était une façon de répondre à un besoin, mais pas vraiment urgent, avec des manigances d’enfants. On devrait se trouver de maïs, tirer des maniocs ou voler les fruits de prune tout en craignant d’être surpris par les propriétaires des champs. Comme souvent cela se réalisait le temps qu’on suive les vaches dans le pâturage ; devant ce danger de se faire incriminer, les gosses jouons au « childish game».

Quel est ce jeu d’enfant ? Le slogan que nous chantions maintes fois était que « nibadufata, nje sindimwo ». Par interprétation du slogan, on s’attendait être rattrapé dans cette aventure. Au lieu de craindre cette responsabilité, on pouvait jouer à l’apaisement interne que « si on nous attrape, moi je ne serais pas concerné ». Croyez-vous que ce slogan enlève en rien cette responsabilité ? Et si tout le monde, devant cette responsabilité pouvait crier : ce n’est pas moi, ce n’est pas moi ! Qui pouvait répondre à ces dégâts? Décliner la responsabilité ferait que ces dégâts ne soient pas constatés ? Je n’y crois pas. Devant un observateur avertit, il était possible de mieux comprendre que à force de crier « nje sindimwo : je ne suis pas concerné » ne changerait en rien cet état de fait. L’histoire du village n’a rien à faire avec la facilitation autour du dialogue.

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G7 dissidents de la MP

Revenons à la facilitation du dialogue politique national inclusif. Pour rappel, d’un côté il y a un groupe des politiciens qui croient en l’impossibilité d’organiser les élections en prévision d’échéances prévues en 2016. D’où le dialogue proposerait une voie de sortie pour que cette impossibilité ne nous laisse sombrer dans le chaos. Un scenario possible malheureusement. D’autre part, il y a aussi ceux qui croient que le retard affiché par la centrale électorale n’est qu’un fruit du manque de volonté ou de diversion pour permettre au Président actuel de dépasser les limites constitutionnelles de ses deux mandats. Parmi ces groupes, il faut mieux savoir situer l’UDPS qui est pro-dialogue tout en posant certaines conditions. L’UDPS est tout au moins un acteur principal, tout en tergiversant, qui se situe au milieu car ayant des revendications liées aux élections de 2011. Pour ce dernier, ne pas organiser les élections reste un sujet discutable à condition qu’il y ait un médiateur impartial mais nommé, surtout, par les Nations Unies.

La plupart de ce qui compose la classe politique RD congolaise ont tout de même partagé une longue marche durant les décennies écoulées. A moins que certains d’eux chantent ce slogan du village « moi je serais pas concerné si… ». Ils savent dans l’ensemble que les grandes questions qui préoccupent le peuple ne sont ni les surenchères télévisées ou de débats autour d’échéances électorales. Les cris incessants de celui qui a été aux commandes durant une décennie et déciderait de changer le camp me laisse moins convaincu. Dans l’ensemble, ces agissements semblent exprimerait un souci implicite de « ôte-toi je me mets ». Si non, le temps qu’ils ont passé aux affaires, ils auraient dû diverger sur ces questions pertinentes et préoccupantes au premier plan. De l’avis que je partage avec moi, à défaut de ne pas avoir dans des divergences profondes, on nous balance dans le jeu de mots. Voilà d’ailleurs ce qui expliquerait que la facilitation se complique. Croyez-moi, le premier intérêt qui bloque le dialogue n’est pas inévitablement celui du peuple mais possiblement celui des mesdames & messieurs dont je ne cite pas les noms.

Puis-je me trompe ! Toutefois, proposez à Edem Kodjo de visiter mon village, s’il le peut. Il vous dira que la question épineuse de ce pays n’est pas celui de faire les élections en novembre-décembre 2016. En plus de cela, cette épineuse question ne se situe pas non plus en capacités individuelles de la personne qui gère quoi ? Bien au contraire, la question tourmente est celle du vécu quotidien du peuple qui change à pas de tortue. Mais aussi de la sécurité du peuple congolais dans tous les domaines. Selon mes impressions, au lieu d’évoluer, ce vécu quotidien tournerait en rond. Et nos politiques crient tous les jours et toutes les nuits que la solution est les élections. Le jeu du hasard ? Peut-être pas, mais le bulletin de vote ne résoudrait possiblement pas le vécu quotidien. Sauf celui de ceux-là qui veulent occuper ces postes qu’occupaient les autres. Ne tombons pas dans une guerre de succession ou positionnement ? J’épargne ceux qui n’ont pas été aux commandes depuis l’indépendance. Pourront-ils, eux aussi, penser à la solution adéquate le temps qu’ils seront aux commandes ? De quoi nous réservent-ils ? Pourquoi ne pas présenter cette alternative et convaincre le public ?

Durant ces quelques semaines, une avancée autour du dialogue a eu lieu. Depuis le passage à Kinshasa du Secrétaire General des Nations Unies, on peut espérer que les opinions se sont rapprochées. Il est fort probable que la diplomatie en coulisse a pu ramener tous ces acteurs au compromis. De ce fait, le dialogue pourrait avoir lieu dans le bref délai. Ceux qui n’y participeront pas, seraient-ils marginaliser car les Nations Unies ont optées pour une solution « Dialogue » ? Qu’ils dialoguent pour ne pas profiter de nos blessures lointaines. Ces blessures d’une soixantaine d’années feraient que la plupart des gens soient manipulés en vue d’envahir les champs des maniocs, maïs et magasins d’autrui. Sur base de nos revendications fondées, les politiciens pourront tirer l’épingle du jeu pour se positionner encore une fois.

Nonobstant, le bloggeur reste convaincu que la question est tout de même déplacée. Que ça soit de l’impossibilité ou manque de volonté, le peule n’aspire qu’au changement de son vécu quotidien au lieu et place d’organiser les élections. A mon entendement, si une demande d’élections est pressante, elle est légitime dans une démocratie. Toutefois, ce serait parce que le peuple croit qu’à travers les élections une solution miraculeuse pourra tomber. Si on n’a pas réussi avec tel, on peut essayer aussi tel et voir ce que ça donnerait ? Cette miraculeuse solution surviendra-t-elle alors que nos politiciens en font mention au second degré ? Le bloggeur retiens toujours que le changement du vécu quotidien ne vient pas d’un mécanisme spontané ; mais plutôt de la mise en place des structures et bases solides qui (re)distribuent le pouvoir et les richesses nationaux dans les mains du souverain primaire. La solution doit être conçue en conformité avec des réalités socio-culturelles du pays. Bonne chance à la facilitation.

Ntanyoma R. Delphin

Twitter account @delphino12

Email: rkmbz1973@gmail.com

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

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