Budget 2016 : Gouvernement Matata Ambitieux en Indemnités Comme Mobutu en Projets Mégalomanes ?


C’est avec intérêt que je suivais cette séance de la présentation de la loi de finances 2016 à la Chambre Basse du Parlement. La séance a eu lieu en date du 26/10/2015 au palais du peuple. En tête, était le Premier Ministre Augustin Matata Ponyo Mapon, l’homme dit de ‘rigueur’ avec pour mission de défendre son programme gouvernemental 2016 à travers le budget. Une séance chaude où les membres du gouvernement font face aux questions farouches et critiques de nos élus ou ‘leurs représentants’. L’observateur avisé se souviendrait que nos élus ne sont pas les moins rémunérés dans la région. En dehors d’indemnités, si ma mémoire ne m’abuse pas, ils touchent autour de treize mille dollars ($ 13.000) mensuellement.

L’idée de comparer ce budget de ‘celui des années 1980’ m’est venu à l’idée quand un élu s’insurgeant sur les indemnités et avantages autour du cabinet du premier ministre. Selon ses dires, j’aurai capté que ces indemnités et avantages seraient large que certaines lignes budgétaires de grande importance comme la construction des routes ou écoles ; et plus particulièrement dans les coins reculés du pays. Le lecteur remarquerait que mon analyse serait peut-être biaisée par le fait que cette loi de finances est moins accessible au public. Pour ce faire, cet article ne fait qu’interpréter ce qui a été relayé à la télévision que la plupart de mes compatriotes villageois suivent difficilement. Toutefois, au vu du contenu d’interventions des élus ainsi que le montant total du budget, il est possible de croire que la grande partie de ce budget servirait à financer les affaires courantes et non le budget en investissement. D’où l’idée de comparer ces ambitions à celles du feu Marechal Mobutu durant les années qu’on espérait occuper les premières places au sein de l’économie mondiale ; Objectifs 80 versus Révolution de la Modernité.

Pylonne
Pylonne

Ce gouvernement Matata aspire à l’émergence vers les années 2030. Par contraintes ou largesse, son projet du budget 2016 présenté par le gouvernement « est chiffré à environ 9 121 011 021 de dollars américains contre 9 184 794 315 en 2015. Un peu plus de 80 de ce budget seront mobilisés localement et 19,6% d’apports extérieurs ». Un budget en décroissant, indépendamment des poches connues où l’argent coule facilement. A moins que l’émergence provienne du miracle divin, il est apparemment difficile d’attendre celle-ci dans un contexte actuel où, à côté de ce budget ‘maigre’, la mobilisation, l’affectation ainsi que la gestion quotidienne de ce dernier souffrent d’innombrables faiblesses. Tout cela se répète en dépit des critiques et conseils donnés par les représentants du peuple. Mais aussi, ce gouvernement est supposé connaitre au premier plan les besoins de la population. Alors, les ambitions de ce gouvernement ont certaines similarités par rapport aux années du feu Mobutu ? Voilà ce raisonnement :

Un ambitieux Président de la République pour 32 ans, Mobutu a à un certain moment été hors de lui-même, surtout dans le souci de mieux imposer sa personnalité. Comme le souligne van Reybrouck[1], Mobutu s’investit dans les projets irréalistes ou moins rationnels. En 1982, Mobutu réalisant le barrage d’Inga II qui était à mesure de produire 1 424 mégawatts à la place de 351 que ce barrage produisait antérieurement. Un projet à retombées controversées car la couverture en courant électrique reste autour de 1% dans les milieux ruraux. Et enfin, il rêve construire Inga III, dans ces conditions stipulées par l’auteur : « peu après, Mobutu se mit à rêver d’Inga III, une centrale d’une capacité de pas moins de 30 000 mégawatts, la plus grande du monde, qui permettrait d’alimenter en électricité toute l’Afrique et une partie de l’Europe ». Mobutu était-il raisonnable ? La question est à saisir dans le paragraphe suivant.

Dans les rêves de commencer Inga III, Mobutu met en place un projet d’alimenter l’ex Shaba/Ex-Katanga à partir d’Inga au Congo Central (Bas-Congo/Bas-Zaïre). Il installe une ligne électrique, haute tension d’une distance de 1800 Kms avec 10.000 pylônes. Incroyable, mais vrai. La ligne passe dans le « désert’ comme l’indique van Reybrouck ; c’est à-dire, sans qu’aucune villes ni villages sur cette ligne ne soit servi. Alors que cette ligne traverse le Bandundu, les deux Kassai, la ligne électrique ne visait que les sites miniers du Shaba. La première préoccupation du président était d’alimenter la source de son financement. On penserait aussi aux montants qui serviront de paiement d’indemnités et avantages des cabinets ministériels alors que les écoles sont en chaumes, les routes n’existent carrément pas, les centres de santé fonctionnent sous les arbres. Incroyable mais vrai. Et d’ajouter « les turbines [Inga II] n’étaient pas entretenues et, sur les huit de l’époque, les deux qui fonctionnent encore aujourd’hui ne génèrent que 30 % de la production projetée ».

Conditions routieres
Conditions routieres

L’auteur nous rappelle que « la province de Shaba était pourtant elle-même bien équipée en centrales électriques, mais cette ligne donnait à Mobutu la possibilité de maintenir le doigt sur le disjoncteur de la province rebelle ». Le coût engagé pour réaliser cette ligne m’a fait trembler. A un certain moment, je pensais perdre ma connaissance de lire arithmétiquement ces millions de dollars. A titre illustratif, Inga II a coûté $ 478 millions avec cette capacité extraordinaire de produire plus de 1000 mégawatts. Bizarrement, la ligne électrique haute tension reliant Inga II au Katanga a coûté 850 millions de dollars, soit 178% du coût total d’Inga II. Par calcul simple, les 10000 pylônes qui ont fait une distance de 1800 Kms auraient dû construire deux barrages de même capacité qu’Inga II. On peut soit penser que l’un de ceux-ci aurait été construit au Shaba et l’autre dans mon village. Imaginez combien des villes ces deux barrages auraient servi dans ce pays ? Malheureusement, l’auteur affirme que « la ligne à haute tension vers le Shaba, qui coûta la somme étourdissante de [dollars], ne transporta souvent pas plus de 10 % de sa capacité. De plus, aucun raccordement n’avait été prévu pour les villes et les villages le long de son implantation». A ce niveau, le bloggeur ne ferait aucune comparaison à l’action gouvernementale de Matata. Toutefois, ces agissements antérieurs doivent interpeller les décideurs.

A titre de conclusion, le lecteur peut retenir quelques similarités de ceux cas cités-haut:

  • Les besoins de la population ne semblent pas être au centre de l’action des dirigeants. Si non, on aurait assisté à des priorités qui vont dans le sens de répondre à leurs besoins et à toutes ces misères ;
  • Depuis ces années 1980, l’économie compte particulièrement sur les productions minières de façon que si ce secteur est affaibli ou connait des aléas conjoncturels, c’est toute l’économie qui est affectée ;
  • Sauf le contexte politique qui a changé, où peut-être aujourd’hui les élus peuvent donner d’avis sur le budget comparativement du temps de Mobutu, il me reste moins convainquant que des tels budgets soient adoptés par les élus du peuple. On penserait toujours qu’il s’agit d’une décision exécutive qui prône sur celle du peuple ;
  • A quoi serviraient les discours de la révolution de la modernité ou des objectifs 80 si vraiment la situation quotidienne de tout un peuple ne change pas. Si la situation reste la même, on y trouverait un point similaire ;

Pensez-vous autrement ? Vos commentaires sont les bienvenus.

Ntanyoma R. Delphin

Secrétaire Exécutif & Coordonnateur

Appui au Développement Intégré &

à la Gouvernance

Compte Twitter @delphino12

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

[1] Voir Van Reybrouck, David (2012) : Congo: Une Histoire, Actes Sud (page 395-96)

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