LE CHOMAGE EN RDC, Hier, aujourd’hui et demain Selon Adolphe Muzito.


A quoi joue Adolphe Muzito ? Lisez l’intégralité de sa tribune

Même si nos lecteurs ne sont pas habitués à telles pratiques d’emprunter d’analyse ailleurs, celle de l’ancien Premier Ministre de la RDC, Adolphe Muzito parait intéressante. Il reste à confirmer que l’auteur est vraiment celui cité-haut. Entretemps, vous le trouverez sur ce lien suivant : https://www.facebook.com/notes/premier-ministre-adolphe-muzito/5%C3%A8me-tribune-dadolphe-muzito-le-chomage-en-rdc/1860528994171769

5ème Tribune d’Adolphe Muzito :

LE CHOMAGE EN RDC Hier, aujourd’hui et demain

I. PROBLEMATIQUE

 Nous avons promis, dans notre 4ème tribune, de débattre de la question du chômage et de ses effets dans notre pays en partant des données statistiques communiquées par le Gouvernement au mois de Mai dernier, à la suite de sa réunion de la « Troika » politique.

En effet, à cette occasion, le Gouvernement a présenté à l’opinion nationale et internationale, comme ci-après, les statistiques sur l’emploi et le chômage dans notre pays : « Il se crée en RDC depuis 2012, 100.000 emplois en moyenne chaque année et le taux de chômage en 2014 est de 43% tandis qu’en 2000, il a été de 67% ».

Ainsi, soucieux de garantir la cohérence entre les performances macroéconomiques, le niveau de la croissance économique et l’amélioration du vécu quotidien des populations congolaises, le Gouvernement s’est donc félicité de l’évolution du niveau de l’emploi qui s’est traduite par la réduction du taux de chômage et l’inversion de sa courbe.

Cette évolution supposée ou réelle soulève ainsi 4 questions de fond à savoir :

1) Comment, mathématiquement, le Gouvernement pouvait-il, en 3 années, réduire le taux de chômage de 51% en 2012 à 43% en 2014, en ne créant que 100.000 emplois par an, dans une économie qui a vu dans la période arriver sur le marché de l’emploi, chaque année, près de 2.000.000 de nouvelles demandes d’emplois ?

2) Comment serait-il possible d’inverser, en 3 ans, la courbe du chômage dans une économie dont les caractéristiques sont :

– Un taux de croissance démographique de 3% ;

– Une évolution de la population active dominée par une forte proportion des jeunes (50%) qui, chaque année, finissent les cycles de secondaire, de graduat ou de licence, soit ± 1 million des jeunes (aptes à travailler) ;

– Un secteur agricole prédominé par l’activité informelle et de cueillette;
– Un tissu industriel embryonnaire, désintégré et extraverti, absorbant moins de 6 % du marché d’emploi ;

– Un tertiaire aussi informel, caractérisé par un commerce assis, non pas sur l’industrie locale, mais sur des produits importés et un réseau bancaire peu dynamique ;

– Un marché intérieur étroit et à faible débouché.

3) Quelles sont les tranches d’âge retenues par le Gouvernement pour déterminer la population active, dans la période concernée (2012-2014), en vue de la distinguer de la population inactive ?

4) En d’autres termes, quel a été pour le Gouvernement le total annuel de nouvelles demandes d’emplois auxquelles l’économie a fait face dans la période et dans quelles branches d’activité ? Autrement dit quel est le total de jeunes qui sont arrivés sur le marché d’emploi chaque année (2012, 2013 et 2014) et pour la période ?

II. EVOLUTION DE LA POPULATION ACTIVE, DE L’EMPLOI ET DU TAUX DU CHOMAGE DE 2003 A 2015

Evolution de la population active

A propos de l’augmentation de la population active, nous pouvons lire dans le tableau n°1 (Annexe n°I) l’évolution de la population active et constater son taux d’augmentation oscillant autour de 3%. Ainsi, à propos de l’évolution de la population active, dans la période 2003-2015, son augmentation annuelle, comme on le voit au tableau n°1 (Annexe n°I), est passée de 839.300 unités en 2003 à 1.914.700 unités en 2015, pour un total de la population active qui est passé de 33,9 millions en 2003 à 49,7 millions en 2015.

Evaluation de l’emploi et du chômage par le Gouvernement de la RDC (2003-2015).

A propos de la création des emplois et du chômage : deux méthodes différentes ont été utilisées par le Gouvernement dans la période, chacune avec des conséquences différentes sur l’évolution de l’emploi et du chômage.

  • Méthode traditionnelle utilisée jusqu’en 2012

La première méthode utilisée par l’Administration [Institut National de Statistique (INS), Banque Centrale du Congo (BCC)] jusqu’en 2012, regroupe les emplois dans deux secteurs, secteurs public et privé.

Entre 2003 et 2012, avec la méthode traditionnelle, la création des emplois a été caractérisée par une courbe assez erratique comme on le voit au tableau n°2 l’Annexe n°II.

 Cependant globalement, la création des emplois a varié à la baisse, de 2003 à 2012, partant de 625.300 emplois créés en 2003 à 103.000 emplois créés en 2012, avec quelques piques en termes de hausse ou de baisse.

Dans ce tableau n°2 Annexe n°II, on peut voir ce qui suit :

– La part des travailleurs de l’Administration représente en moyenne 6% du total des travailleurs ;
– La part des travailleurs du secteur privé formel, représente 94% ;

– La part des Indépendants est de 0% ;

– Le secteur privé considéré est formel ;

– Il n’y a pas de rubrique représentant les emplois des indépendants ou des personnes installées sur leur compte personnel ;

– Les emplois crées ou détruits considérés sont, ceux du secteur formel constitué de salariés des secteurs public et privé (affiliés à l’Institut National de Sécurité Sociale « INSS » ou non).

On voit donc pourquoi au courant de la période, le taux de chômage est resté à la hausse de manière générale, en passant, comme on le voit au tableau n°2 (Annexe n°II), de 48,5% en 2003 à 53,2% en 2012. (Rapport annuel BCC 2012). C’est parce qu’il n’existe pas pour cette méthode une rubrique fourre-tout dite des emplois « des indépendants ».

  • Nouvelle méthode « Période de 2012 à 2015 »
    Avec la nouvelle méthode, la période 2012 et 2015 est caractérisée par un fort taux de création d’emplois qui va de 1,900 million d’emplois créés en 2012 à 2,570 millions d’emplois en 2015. Avec un taux de chômage qui est passé de 51,4% en 2011 à 43,% en 2014 (Rapport annuel BCC 2013) et à 39,6% en 2015 (Condensé Hebdomadaire d’Informations Statistiques BCC n°15/2015).

La nouvelle approche a créé le concept « Auto-emploi » ou « Indépendants », considérés comme personnes installées sous leur compte personnel.

Ainsi, les emplois (19,5 millions) enregistrés sous la rubrique de travailleurs du secteur privé en 2012 (dans le Rapport annuel de la BCC 2012, Annexe/Tableau n°I.43, p. 73) ont brusquement et curieusement été enregistrés sous une nouvelle rubrique créée dans le Rapport annuel de la BCC 2013, mais pour la même année (2012), appelée « Indépendants » pour un total de 22.469.679,5 unités.

Le total des emplois du secteur public est réduit de 1,21 million à 920.855 unités pour la même année.

Le total des emplois du secteur privé est maintenu à 19.482,2 unités.

Le total cumulé de travailleurs est réduit de 20,7 millions d’unités à 940.337,2 unités.

Le total des indépendants ex nihilo est fixé à 22.469.679,5 unités.

 Ainsi donc, à partir de 2012, l’Administration a changé d’approche, d’hypothèse et de thèse, en définissant une nouvelle ventilation de la population active.

Comme on le voit, le niveau de l’emploi n’est plus seulement la somme des travailleurs des secteurs public et privé.

A ces deux secteurs formels s’ajoute une nouvelle catégorie « les Indépendants » c’est-à-dire des personnes qui se sont installées à leur propre compte, donnant ainsi naissance à une nouvelle rubrique « la population active occupée » qui, est la somme de 3 dernières rubriques.

La nouvelle approche d’évaluation du taux de chômage repose sur la thèse selon laquelle tous les jeunes qui arrivent sur le marché d’emplois au cours d’une année donnée, trouve du travail ; soit comme travailleurs du secteur public, soit comme travailleurs du secteur privé, soit encore, et plus largement comme indépendants, installés à leur propre compte.

En effet, selon cette nouvelle ventilation, en RDC, tout jeune qui arrive sur le marché de l’emploi, en milieu rural ou en milieu urbain, trouve du travail, si pas dans le cadre d’un contrat formel, mais comme indépendant.

On peut donc le constater dans les rubriques de l’Annexe n°IV, Tableau n°4 bis, cette thèse implique aussi que la RDC d’ici 2025 aura un taux de chômage qui atteindra « ZERO » début 2024 et sera négatif fin 2024 et début 2025.

 Voilà pourquoi, le taux de chômage est passé de 51% en 2012 à 43% en 2014 et 39,6% (en 2015).

Risque et conséquence de la nouvelle méthode du Gouvernement

La nouvelle méthode d’évaluation de l’emploi et du chômage instituée depuis 2012 comporte un danger social, politique et sécuritaire.

En considérant que toute nouvelle demande sur le marché du travail non absorbée par les secteurs public ou privé formel, l’est par l’auto-emploi ou le secteur d’indépendants qui offre 96 % d’emplois, la nouvelle méthode entretient l’idée que pour les autorités politiques et leur administration tout va bien, le peuple est au travail et qu’il existe bien une cohérence entre le taux de croissance à deux chiffres et le vécu quotidien des populations.

Or, tous ces emplois, dans l’hypothèse même qu’ils seraient créés, restent précaires, sans revenus substantiels et dépourvus de toute couverture de l’Etat.

En effet, selon la BCC sur 19,5 millions de travailleurs du secteur privé, 352.000 seulement, soit 1,8%, sont affiliés à l’INSS et les 1.200.000 de l’Administration ne sont affiliés à aucune assurance sociale. Que dire alors des emplois du secteur dit « des Indépendants » et qui représentent désormais les 94 % des emplois créés dans notre pays ?

Caractéristiques de la population inactive en RDC

En RDC, le problème de précarité ne concerne pas seulement la tranche de la population active qui ne travaille pas, soit 20 millions d’habitants, appelés communément chômeurs.
Il concerne également et surtout la population inactive c’est-à-dire, les enfants et les jeunes qui sont aux études, ou ne sont pas au travail, ainsi que les vieillards.

Car, pour les enfants et les jeunes, ils sont, soit sous la charge des membres de familles qui ne travaillent pas (39,6%), soit sur celle de ceux qui travaillent mais dont les revenus restent dérisoires.

Il est à noter bien que les emplois en RDC couvrent 60,4% de la population active en 2015, ils sont, selon les statistiques du Gouvernement, constitués à 96% d’indépendants ou personnes installées sur leur compte propre. D’où leur caractère précaire.

La population inactive faite des vieux et des vieillards est constituée des personnes qui, dans leur majorité, ont, soit quitté le marché de l’emploi sans avoir jamais travaillé, soit, travaillé sans cotiser au cours de leur carrière et ne disposent donc pas d’une quelconque couverture sociale.

Notons que le taux d’affiliation à l’INSS est de 1,8% des travailleurs du secteur privé ; 0% pour la Fonction publique. Ces personnes dépendent, au nom de la solidarité africaine, des parents sans emplois viables.

 Effets du chômage en RDC face au taux de croissance démographique

Le chômage, dans notre pays est structurel. Il est alimenté par une économie faiblement monétarisée et bancarisée, caractérisée par la faiblesse des échanges entre les milieux ruraux et urbains et par l’absence des infrastructures de base.

La pauvreté du pays, elle-même source du chômage, peut se mesurer par le rapport entre le PIB et sa population.

En effet, comme on le voit :

o Un Congolais de la RDC gagne et dépense en moyenne par an 500 $, soit 1,4 $ par jour ;

o Un Congolais du Congo-Brazza gagne et dépense en moyenne par an 5.000 $, soit 14 $ par jour;
o Un Gabonais gagne et dépense en moyenne par an 10.000 $, soit 28 $ par jour ;

o Un Belge gagne et dépense en moyenne par an 50.000 $, soit 140 $ par jour.

 Les pays voisins attirent vers eux les populations congolaises que la faiblesse des revenus monétaires et le fort taux de chômage poussent hors du pays à la recherche d’un paradis social.

  • La pression démographique

D’ici 2025, la population congolaise, avec un taux de croissance démographique de 3%, va approcher le double, soit ±150 millions d’habitants. La population kinoise, en ce qui la concerne, avec son taux de croissance démographique de 5%, va atteindre dans 7 ou 8 ans, 20 millions d’habitants, agglomérés sur 5% de sa superficie de 10.000 km². (Nous en parlerons dans une de nos prochaines tribunes).

 La population kinoise, à elle seule, va dépasser celle de l’Angola dans 7 ans et représentera le quintuple de celle du Congo-Brazza.

Face à la précarité liée au problème de revenu, de logement, de transport, d’alimentation, de santé, et à la croissance démographique qui s’annonce, doublée de la hausse du taux chômage qui l’accompagne, il va se poser un grave problème de sécurité et de stabilité de notre Etat avec des effets sur les Etats voisins.

Les tendances migratoires des jeunes de nos milieux ruraux et urbains vers Kinshasa et vers les Etats voisins sont à redouter.

Aucun Gouvernement ne pourra le résoudre les années à venir, si on n’y travaille pas dès aujourd’hui et dans le cadre d’une politique d’intégration régionale.

III. CONCLUSION ET SUGGESTION

Face à la pression démographique et à l’augmentation de la population active, le Gouvernement ne pouvait réduire d’aucune manière le taux de chômage ces 3 dernières années, ni les 5 prochaines années, avec notre économie actuelle qui crée 100.000 emplois chaque année.

Le Gouvernement et son Administration considèrent que les deux millions des jeunes, qui sont arrivés chacune de ces 3 années sur le marché de l’emploi, ont trouvé du travail, soit comme contractuels, soit comme indépendants.

Avec leur nouvelle approche et les conclusions qu’ils en tirent, le Gouvernement et son Administration se trompent, et en se trompant publiquement, ils trompent le peuple ; dans ces conditions, la conséquence qu’ils ne pourraient donc pas arrêter des politiques publiques appropriées pour faire face à ce défi important qui menace la stabilité du pays.

Entre les 2 méthodes, la vérité est au milieu.

La première pèche par ses hypothèses qui excluent dans la comptabilisation des emplois créés, ceux générés par les personnes installées à leur compte personnel dont les emplois informels agricoles et non agricoles des secteurs primaire, secondaire et tertiaire.

La seconde pèche par l’intégration dans les statistiques des emplois, de la totalité de nouvelles demandes d’emplois sur le marché. Elle pèche aussi en considérant comme emplois créés, la totalité des activités des indépendants.

Nous pourrons retenir la voie médiane qui consiste à considérer que le secteur informel constitue une des sources de l’emploi et qu’il faut intégrer dans l’évolution de l’emploi, un certain pourcentage (40% ou 50%) de leurs effectifs.

Nos propositions dans le cadre des anciennes tribunes donnent des indications sur la question de la lutte contre le chômage et nous y reviendrons, pour des amples développements.

Fait à Kinshasa, le 08 juin 2015

Adolphe Muzito


Premier Ministre

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