Ruberwa Contre Nyarugabo : Dissension, Apaisement, Ressaisissement ou Réalisme du RCD ?


A la une de l’actualité Rd Congolaise est ce fameux nième dialogue qui est dans sa phase de consultations auprès du Président de la République. Les délégations se succèdent auprès du Chef de l’Etat pour en discuter ses contours. La classe politique (opposition & majorité), les membres de confessions religieuses, membres de la société civile y sont tour à tour conviés pour présenter au dirigeant du pays leurs avis par rapport à ce dialogue controversé. Cette semaine fut le tour de personnalités politiques dont notamment Azarias Ruberwa Manywa, le vice-président honoraire de la RDC pendant la période transitoire de 2003-2006 et président du Rassemblement congolais pour la Démocratie (RCD).

Sans entrer dans les détails des contours de ce dialogue, l’avis du bloggeur peut se retrouver sur le lien suivant. L’intérêt de cet article est de comparer les récents propos du président national du RCD, Azarias Ruberwa ainsi que ceux de son proche collaborateur, le Sénateur Moise Nyarugabo. Les propos du second remonte de la période où la loi électorale était en discussion pour son adoption devant les deux chambres de représentants. Ces propos de ces deux personnalités politiques semblent à moitié se contredire car le sénateur s’opposait sur le mariage du recensement et des élections car le premier pourrait retarder les dernières. D’autre part, l’ancien vice-président croit que, pour de raisons du réalisme et pragmatisme, il y a lieu de reporter certaines élections jusqu’en 2018. De ce fait, un observateur pourrait penser à des possibles dissensions au sein du parti de Goma. Alors, quelles seraient les pistes de motivation derrières ce revirement ?

Azarias Ruberwa et Moise Nyarugabo sont de hauts cadres du RCD, l’aile de Goma. Tous deux sont originaires de Mulenge au Sud-Kivu, juristes de formation, Kassapards de Lubumbashi et avocats de carrière. Le premier est le président national du RCD alors que le second est sénateur depuis 2006 mais il reste aussi la main droite du premier. Les deux hommes politiques ont entrepris la carrière politique pendant l’avancée de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo/Zaïre (AFDL) dans un climat qui peut se définir comme de frustration et d’exclusion. Il apparait quelques fois qu’un passé amer influence nos agissements car nous nous séparons difficilement de nos expériences amères. Si du moins cela pourrait leur arriver, il serait recommandable d’en dépasser ces limites pour une raison de hauteur politique.

Concertations2

La question à l’ordre du jour de la rencontre entre Joseph Kabila et son ancien vice-président qui avait en charge les questions sécuritaires et politiques était le dialogue en préparation. A la sortie de cette rencontre, Azarias Ruberwa annonce que le réalisme amènerait à reporter certaines élections en 2017-2018. Dans ses propos que vous pouvez trouver sur ce lien, Azarias Ruberwa déclare que « la finalité de ce dialogue c’est d’organiser, si vous voulez, un cycle électoral réaliste ; ça veut dire qu’il y a ah ah des élections qui devront probablement être reportées en 2017-2018 ; celles notamment et dont la non-tenue n’offense pas la constitution ». De ce fait, il peut paraitre que l’ancien vice-président joue au réalisme compte tenu des enjeux temporaires, politiques et financiers qui entourent l’organisation du cycle électoral en RDC, alors que le délai restant ne dépasse pas une année.

Toutefois, en faisant référence à ce qui se passe au Burundi, la perte en vies humaines liée à cette crise et son interprétation de cette crise comme si elle découle de l’absence du dialogue, ça rend perplexe. Il est juste que la question Burundaise puisse se résoudre par le dialogue comme c’est le cas dans d’autres parties du monde. Nonobstant, son origine est la lecture divergente de la constitution et non du manque du dialogue. Tout de même, dans ce contexte spécifique, il y a ceux-là qui peuvent comprendre que l’article 96 de la constitution Burundaise donnerait droit à l’actuel président de postuler encore une fois. L’origine des contestations est en quelque sorte liée à cette lecture et à moindre mesure aux injonctions politiques de toute part. Donc, la crise Burundaise ne devrait pas motiver le dialogue en RDC, car la constitution Congolaise est claire dans ce sens. Il est plutôt impérieux de savoir comprendre comment et pourquoi le cycle électoral au Congo, auquel Azarias Ruberwa fait allusion est devenu lourd et ses corollaires liés au Budget.

Manifestations de Janvier 2015
Manifestations de Janvier 2015

Le bloggeur pense que nous sommes dans la suite des événements qui ont conduit aux contestations en Janvier dernier. Durant l’examen et l’adoption de la loi électorale au Senat, tels furent le propos du Sénateur Moise Nyarugabo. Farouchement opposé à l’article 8, il a tenu un discours qui a été applaudi par le public car ce dernier défendait la séparation du recensement général de la population au cycle électoral. Bref, il s’oppose comme tant d’autres à la logique de faire le recensement comme un préalable pour organiser les élections. Pour mieux comprendre la signification de ce qu’a dit le Sénateur, le bloggeur a choisi deux extraits de son intervention au Senat. Le premier est lié aux explications que faisaient le pouvoir en place comme quoi le recensement a été longtemps proposé par les opposants dont notamment par Etienne Tshisekedi dont les images tournent aux chaines de télévisions. Le sénateur Moise dit « donc, vous voulez nous dire que toutes les fois que nous allons faire de réclamations, vous ne penserez à réagir que 8 ans après ? Et en ce moment-là quand ça vous plait, vous commencez à utiliser des images d’il y a 8 ans. Je trouve ça, excuse-moi, ridicule ». Par ricochet, on comprendrait que le Sénateur interpelle le pouvoir public afin de remplir ses missions de base, dans lesquelles, l’organisation des élections peut y figurer.

Ensuite, pour mieux faire comprendre son avis, le sénateur a demandé que l’article qui prêtait confusion soit retiré dans le meilleur délai ; si non, il demanderait à ses collègues sénateurs de ne pas voter cette loi. Son avertissement est reste gravé dans les mémoires de plusieurs observateurs par rapport aux rumeurs de glissement qui accompagnaient l’interprétation de ladite loi. Il dira « une partie de ma conclusion, si vous ne retirez pas cette phrase [Alinea de l’article 8], après toutes ces explications, j’espère que c’est moi seul qui risquerais de croire que ceux que les medias disent est vrai qu’il y a plutôt autre chose. J’ai lu hier dans la presse, des journaux qui disaient que le ‘glissement’ que le glissement eh eh que désormais, je ne sais pas comment ils ont dit… est consommé. Non, s’il vous plait, je vous en supplie monsieur le vice-premier ministre, ne glisse pas. C’est une mauvaise idée. Vous savez pourquoi ? Généralement, ceux qui glissent, nombreux tombent. Et ceux qui tombent, nombreux se cassent. Je vous remercie monsieur le président ».

En comparant les deux positions de ces deux personnalités qui sont plus proches, la question revient à décrypter comment Azarias défend le report de certaines élections jusqu’à 2018. La seule motivation serait celle de contraintes du temps et du budget ? Ça reste à comprendre car, semble-t-il, il fait la défense de la lenteur d’organisation de la part de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) au point de nous faire comprendre que le dialogue autour des enjeux électoraux sauvera la nation. En passant, le lecteur se souviendra que les recommandations des concertations nationales, sous la thématique des élections ont insisté (p.9), je cite « demander à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), dans le respect de ses compétences en la matière, de fixer le calendrier électoral de manière à organiser en priorité les élections locales, municipales et urbaines avant celles provinciales, sénatoriales, législatives et présidentielle, en vue de consolider les équilibres politiques nécessaires au développement de la démocratie ». Donc, les concertations ont émis tout de même un avis sur l’organisation des élections. Et la question à se poser est quelles seraient les élections à reporter en 2017-2018 selon l’avis du président du RCD ?

Manifestations Burundi
Manifestations Burundi

Revenant à l’intervention du sénateur Nyarugabo, à en croire, ses propos du sénateur ont suscité des remous dans le sillage des teneurs du pouvoir ; et surtout que cette phrase a fini par être enlever dans le texte de la loi électorale. La détermination et l’engagement du sénateur semblaient être résolus et bien raisonnés. Comme l’apparence trompe, le propos durs et avertissements pourraient avoir résulté de la frustration et du climat de méfiance qui a suivi l’avènement de la formation du gouvernement de cohésion nationale. La réaction farouche peut-elle aussi avoir résulté de ce souci d’épargner la nation des échauffourées qu’elle traverse pendant cette période. Pour ce faire, il s’agirait du même souci qui anime Azarias Ruberwa en plaidant pour un dialogue qui ferait que la nation y gagne. En plus de cela, il y a lieu de considérer que leurs divergences trouvent leur origine aux lectures juridiques qui animent souvent les représentants du peuple ; alors que les présidents de partis politiques pensent souvent en politique.

Le peuple qui dialogue continue de dialoguer. Ces dialogues et concertations datent de longtemps mais leurs effets sur la vie du peuple ordinaire tardent à se faire remarquer. Azarias Ruberwa, fervent croyant est parmi les artisans et acteurs majeurs des accords de Sun City. Il est considéré par certains observateurs comme honnête et intègre, même si en politique ces comportements ne tiennent pas pour longtemps. Son intégrité et honnêteté ne font jamais objet d’unanimité, un fait qui reste impossible. Son parti semble avoir été fragilisé durant son parcours et ses bases électorales ne sont pas solides. Ses détracteurs, indépendamment de ses aptitudes physiques, politiques et intellectuelles, n’oublient pas de mentionner son appartenance communautaire mais aussi le lien de son parti avec le parrain de 1998, le Rwanda. Même sa base de Minembwe qui croyait aux miracles n’attend grandement pas beaucoup de chose en lui. Cette base pourrait s’être trompée car les défis de développement du pays sont institutionnels et non liés aux individus. Il n’y a apparemment pas un développement qui peut se réaliser en dehors du cadre institutionnel fort.

L'etat de nos routes
L’etat de nos routes

Les retombées principales de ces dialogues, le temps qu’on en a observés, sont le partage des gâteaux et postes ministériels. Les mécanismes par lesquels ces postes ministériels redistribuent la richesse nationale restent flous et discutables. Les politiques pourraient se positionner déjà pour ces possibles retombées qui pourront subvenir à la fin de cedit dialogue. Pour y arriver, les politiques passent par des manœuvres d’apaisement, de rapprochement avant qu’on ne nous l’annonce en public. Le bloggeur croit qu’il ne serait pas opportun que le revirement au sein des cadres du RCD ait été lié à de telles manœuvres. Toutefois, il s’agit d’une hypothèse à ne pas exclure totalement et le temps opportun nous le dira. Pour ce faire, il est conseillé à la classe politique congolaise de se concentrer sur la grande et préoccupante question qui est le bien-être de la population ordinaire ainsi que la mise en place d’un système politico-administratif qui garantirait cette exigence d’une manière durable. Pensez-vous autrement ?

Ntanyoma R. Delphin

Twitter account @delphino12

Email: rkmbz1973@gmail.com

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

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2 thoughts on “Ruberwa Contre Nyarugabo : Dissension, Apaisement, Ressaisissement ou Réalisme du RCD ?”

  1. Great article, I think RCD is losing relevance in the DRC politics. Ruberwa & Moise ideas will not be contrasting because the former cites time and budget as the main constraints while the latter moved against the election process being linked to population census. I still have a question, which of the elections are to be held first? I’m afraid there might be a chaos if Kabila’s presidency is extended beyond 2016

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