RDC: Projet des Finances 2015 et/ou Démission de Matata Ponyo ?


Le premier ministre de la République Démocratique du Congo (RDC) a présenté, en date du 13/10/2014, la loi des finances de l’exercice 2015. Une fois approuvée par les parlements, cette loi sera automatiquement le budget de l’exercice 2015. A ce niveau, il est possible d’attendre quelques amendements qui seront faits par les parlementaires et possiblement avec obligation d’être tenus en considération. Ce budget présenté par le PM Matata est 9 milliards de dollars et connaitrait un accroissement d’un million de dollars par rapport à celui de 2014.

Cet article aurait mieux apporté sa contribution si les détails du contenu par allocation de grandes lignes de la loi de finances étaient disponibles. Toutefois, à défaut de ces détails, il est aussi important que le bloggeur fasse son point de vue, tenant compte de cette globalité. Ses points de vue se résument en quelques lignes.

Il s’agit dans un premier temps la signification et l’importance du budget d’un Etat aussi grand que la RDC et qui se veut en 2030, aller au niveau d’une économie à revenu moyen (middle income country). En bref, le budget exprime un programme annuel ou pluriannuel d’un gouvernement, se basant sur le contexte macroéconomique mais aussi des objectifs à atteindre dans le long terme. Il est le miroir dans le domaine de l’emploi, investissements, appui aux secteurs productifs, services sociaux etc. Il reste fort douteux qu’avec ce rythme d’un budget qui accroit d’un million par an, amènerait ce grand pays dans la révolution de la modernité espérée par les dirigeants.

De deux, il est aussi à noter que la croissance économique de 8.3% dont se vante le gouvernement Matata, n’est que du « bluff ». Il me semble moins convainquant que cette croissance économique d’un pays comme la RDC n’a simplement fait que l’assiette fiscale d’accroissement croisse d’un millions de dollars. Avec un produit Intérieur Brut nominal (PIB) estimé à 30.8 milliards, même si les statistiques font casser les têtes, aurait tout de même fait que l’assiette fiscale croisse plus que le seul million que connait l’augmentation de l’exercice 2015. Un point de vue qui reste bien sûr discutable si les données et détails du contexte macroéconomique étaient disponibles.

De trois, le bloggeur a pensé vous faire une comparaison entre la loi de finances de la RDC 2015 par rapport aux économies de la région. Les données dans le tableau en bas ne sont toutes pas de l’exercice 2015 comme celui de la RDC ; mais plutôt, celles des années 2013-14 selon les périodes budgétaires de chaque pays. Il est vrai que certains pays de la région élaborent leurs budgets dont l’année fiscale est égale à l’année civile. Mais les autres, surtout de l’Afrique de l’Est, le budget s’étend sur la période allant de juillet à juin de l’année prochaine. Le tableau récapitule aussi l’aspect important qui est la population à servir par ce budget ainsi leur PIB par habitant en Parité de Pouvoir d’Achat (PPA).

En général, il apparait que le budget de la RDC est proche du celui de la Zambie ; alors que ce dernier pays n’a qu’une population 18 fois moins celle du Congo-Kinshasa. Sauf quelques erreurs peut-être liées au taux de change, il est clair que le Congo-Brazzaville, le Gabon qui n’ont aussi presque 1/75 de la population gabonaise et 4/75 (Congo-Brazza) ont eu des budgets proches de celui de la RDC. Le Kenya qui a la moitié de la population congolaise, a un budget double de celui de la RDC. Le voisin comme l’Angola fait extrêmement des bons signes avec un budget 5 plus que celui du Congo-Kinshasa, alors que la population du premier est presque la moitié du second. Le tableau en bas présente clairement qu’aurait été au moins le minimum de ce budget de la RDC. Il se situerait au-delà du Kenya, Tanzanie et presque près de celui de l’Angola.

Comparaison des budgets des pays de la Région des Grands lacs d’Afrique

Pays de la Région Budget 2014-15 Population Part de ce budget/habitant PIB (PPP)/ha en $
En Monnaie Locale/

Million

Taux d’échange En Million de $
Congo-Brazza 4.000.000 0,0019 7.600 4.660.000 1.630,90 5.145
Gabon 3.335.800 0,0019 6.338 1.475.000 4.296,96 16.000
Angola 49.900.0 19.088.000 2.614,21 6.424
Zambie 7.400 4.309.000 517,16 1.721
Tanzanie 19.500.000 0,00059 12.268 47.400.000 2.265,40 1.813
Burundi 1.403.000 0,000643 902 8.794.000 103 625
Rwanda 1.750.000 0,00145 2.558 12.012.000 211,25 1.538
Uganda 15.050.000 0,000375 5.616 35.873.000 145,18 1,414
Kenya 1.581.000 0,01121 21.520 45.010.000 394 2,790
RDC 2015 9.090 75.000.000 117,39 694

Le bloggeur pense aussi qu’en compare ces budgets, il y a lieu de penser aux besoins que présentent ces économies vis-à-vis de certains investissement réalisés dans le temps. Il peut s’agir d’une idée à interpréter différemment ; toutefois, une économie qui a du moins investi dans les années passées, n’aurait que la nécessite de maintenir ses investissements. Alors qu’une économie comme la congolaise dont ses infrastructures semblent être quasiment inexistant, aurait besoin d’investir plus dans les infrastructures de base pour stimuler son économie. Pour ce faire, le budget de l’ancien Zaïre, loin d’avoir une obligation d’être plus large compte tenu de sa population, il fait toujours montre d’exigences en termes d’investissement pour stimuler et maintenir sa croissance en établissant ces dites infrastructures de base.

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L’investissement est fonction de la capacité de collecter les recettes nationales qu’extérieures. Les recettes nationales seraient à leur tour fonction, à mon avis, de la grandeur de l’économie (base imposable), mais aussi de mécanismes pour recouvrir et gérer ces recettes. La mobilisation des fonds extérieurs dépendrait en grande partie de la volonté des partenaires qui recherchent en plus la confiance comme facteur déterminant. Il s’agit clairement de savoir si les fonds des contribuables des pays partenaires seront efficacement affectés comme prévu, avec une exigence d’efficience. Voilà les deux aspects auxquels le gouvernement Matata aurait dû accorder plus d’intérêt et de force.

Bien que le budget présenté par le PM Matata soit financée à la hauteur de 79% par des recettes internes, il reste toujours la question de savoir si c’est seulement les seules recettes qui entrent dans les caisses de l’Etat. En plus, il est de notoriété compréhensible pour un observateur qui connait mieux la ‘gestion de l’affaire publique’ en RDC de pencher plutôt à la thèse du recouvrement des recettes nationales moins efficient. En plus de l’inefficience du recouvrement, s’ajoute la question épineuse de corruption et de malversation. La corruption gangrène presque l’ensemble des institutions, celles en charge et de mobilisation des recettes, mais aussi celles d’allocation des ressources de l’Etat.

Nonobstant, devant cette épineuse question, il me semble le gouvernement Matata n’y accorde pas d’importance comme il se doit. Il me parait d’ailleurs qu’il aurait dû démissionner devant les accusations fortes de parlementaires et même celles venant d’un députe du groupe parlementaire de la majorité présidentielle. Henri Thomas Lokondo précise que, selon le reportage de radio okapi « Moi j’ai plus parlé du contrôle rigoureux des recettes et surtout de la sanction qui doit suivre parce qu’on fait entrer des recettes et elles sortent par toutes les fenêtres comme dans un tonneau de Danaïde. J’ai pris l’exemple du DG de la Gécamines qui a été révoqué par le chef de l’Etat comme vous le savez. Et les raisons ont été avancées par le conseil d’administration de cette entreprise. Plus de 20 millions de dollars qui ont été détournés comme ça ». En terme clair, ces accusations constitueraient un scandale qui aurait poussé le PM à la démission, si c’était dans d’autres contextes quand un premier ministre est accusé des faiblesses devant la corruption de denier public.

Si ces accusations provenaient de la part d’un députe de l’opposition, certains observateurs moins familiers du contexte congolais pouvaient penser aux acharnements de toujours entre les gouvernants et opposants. Heureusement, à côté des accusations d’Emery Okundji, député de l’opposition avec des cas palpables, c’est fut le tour d’un membre de la majorité au pouvoir qui s’annonce clairement en interpellant le premier ministre devant cette tragédie qui continue d’enfoncer le peuple dans la misère sans fin. Alors qu’avait saisi PM en cravate rouge ? Même si ses réalisations se distinguent par rapport à ses prédécesseurs, le message des députés et toutes les informations qu’il détient, lui demanderaient de mieux penser aux stratégies des résoudre ces fléaux ou de céder carrément si l’environnement ne le permet pas.

De fois, les messages deviennent forts s’ils émanent de quelqu’un à qui on ne reprocherait moins de choses. Le message d’un représentant du peuple doit être pris au sérieux par l’exécutif car l’elu est sensé s’inscrire dans la volonté du peuple. Toutefois, il sied de rappeler que la part annuelle des députés dans ce budget, uniquement comme salaire, sans compter le fonctionnement de ces institutions est de 1%. Il s’agit en terme clair de 620 (députés)*12*13.000$=96.720.000$. Et la question qui se pose à ce niveau est qui a du souci pour son peuple entre les élus et le PM ? Difficile à déterminer car peut-être lié aux contraintes politico-économiques ; mais les conditions socio-économiques du peuple congolais, n’auraient pas permis aux élus d’être égoïstes à ce niveau.

A part ce gros morceau que les élus se taillent, ce budget pourrait presque résoudre les besoins en fonctionnement du gouvernement en général, sans tenir compte de la possibilité de l’existence de plusieurs ‘tonneaux de danaïde’. Le lecteur se souviendra que ce 99% budget qui reste doit couvrir les dépenses de défense (armée et police), de la présidence, de tous les ministères y compris les salaires des enseignants, médecins-infirmiers… Et les petites miettes seront peut-être allouées dans le domaine du développement et de la mise en place d’infrastructures qui sont dans un état que vous pouvez presque vous imaginer. A titre d’information, 100 Kms de routes macadamisées couteraient au maximum 34.413.500$ et le minimum serait de 20.942.700$ (données 2006). Dans l’hypothèse pessimiste, 500 Kms couteraient autour de   172.067.500$. Enfin, qu’espérons-nous du changement à partir de ce budget ? Peut-être une grande tombera dans les poches de certains ? Peut-être oui. Qu’en-pensez-vous ?

Ntanyoma R. Delphin

Compte Twitter @delphino12

Email: rkmbz1973@gmail.com

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

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