Goma Veut de l’Eau: Une Doléance à Outrance, Partielle ou Inappropriée?


#GomaVeutDel’Eau ou #GomaNeedsWater est une campagne de Lutte pour le Changement (LUCHA) visant à plaider aux autorités provinciales et nationales sur la nécessite d’accéder à l’eau potable dans la ville de Goma. La campagne date de longtemps et si vous êtes intéressés par la réponse y réservée par le Gouverneur de la Province, cliquez sur ce lien qui vous amenez au tweet de Monsieur le Gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahondja. Comprenez enfin que Goma ne manque pas des sources d’eau, il est à bord du lac Kivu. Un gigantesque réservoir d’eau nécessitant seulement un approvisionnement et traitement.

J’avais toujours cru que cette demande aura probablement une telle réponse de la part des autorités provinciales tellement que ces dernières n’ont pas le plein droit de décider sur une telle doléance de grande importance. Tout ce qu’elles peuvent faire, c’est de trouver indirectement un bouc émissaire qui est la libéralisation du secteur énergétique. De la part de l’autorité provinciale, la question se trouve plutôt sur les compétences légales et capacités financières pour y répondre. Alors, comme en politique on ne se laisse pas larguer facilement, il faut tout de même trouver une issue, quel qu’en soit son bien-fondé.

L’idée de cet article n’est pas de sous-estimer la campagne de Lucha, mais au contraire de conseiller ces activistes intéressés par le bien-être social de la réorienter dans le sens de reclamer les compétences au niveau provincial qui feront que ses dirigeants puissent être redevables à la population qui les a élus. Si non, au vu de la liste d’infrastructures qui manquent dans cette province, la campagne de l’eau serait interprétée par certains observateurs moins informés comme étant le seul besoin qui n’a pas trouvé de réponse. Malheureusement, la liste est longue et elle ne serait que résolue par un mécanisme qui redéfinit les compétences provinciales ainsi que leur mises en application.

Pour comprendre la complexité de l’eau à Goma, le bloggeur vous ramène à une histoire personnellement vécue il y a 20 ans. C’était vers la fin de l’année académique 1992-93 qui devait s’achever vers la période sèche à Goma. Alors que pendant la période pluviale, il était possible de ‘puiser’ l’eau à partir des toits des maisons en tôles rouges-noirs-bleus-roses-mauves ; et quelque fois des toits sans couleurs dans les quartiers Mabanga ou Katindo. Ceux qui connaissent bien ces quartiers comprennent facilement la qualité de cette eau de toits. Un matin vers 11-12h, il est vraiment chaud, un ami et moi n’avons pas d’autres choix si ce n’est que d’aller au lac Kivu pour puiser de l’eau, se laver et entretemps laver nos quelques habits. La période était tourmente et critique à cause des conflits ethno-communautaires dans la Zone Masisi. Un conflit que personnellement je n’en comprenne pas ses tenants et aboutissants. Je me croiyais sincèrement épargner de ces ‘crises car étant ressortissant du Sud-Kivu ; qui connaissait bien sûr des problèmes similaires.

goma_nord_kivu_lac

C’est à la croisée de la route qui va vers Sake en passant par le quartier Katindo et celle qui va vers l’Université Libre des Pays de Grands Lacs (ULPGL) en passant tout au-dessus du lac Kivu que le manque de l’eau a failli me coute la vie. Cette croisée se trouver vers le TMK, proche de Kinyumba qui est un peu sur la route qui passe tout près du lac Kivu et à quelques mètres du port que nous dénommions Bisengimana. Mon ami et moi avons été en mesure de traverser la première route. Dans le milieu de deux routes qui sont séparées par quelques mètres, quelques militaires dits de la « Garde Civile » revenaient de la ville en direction du camp Militaire Katindo, qui était aussi à une courte distance de là. Malheureusement ces militaires nous aperçoivent entre ces deux petites routes de Goma et ils nous demandent de faire marcher en arrière. Tout en hésitant, mon ami essaie de retourner vers ces « gardes civiles » ; et moi je m’immobilise entre ces deux petites routes.

L’un de ces militaires, très furieux comme si j’avais été impliqué dans un crime quelconque, traverse aussi la route pour me retrouver là où j’étais immobilisé. Sa fureur a été exprimée par sa cordelette qu’il me gifla maintes fois par derrière ; et c’était comme si mon corps faisait un circuit du courant électrique. Tout en s’exprimant en Lingala que je comprenais mal ; alors que j’essayais de me défendre en français ; la question se compliqua davantage. Imaginez-vous que je n’avais jamais été dans le Masisi depuis ma naissance jusque récemment en 2002. La première fois que j’ai foulé mes pieds dans Masisi était dernièrement en 2002 mais malheureusement ‘sous les menottes’. L’homme en uniforme militaire, tout en me giflant, il me demanda ce que nous étions en train de faire à Masisi ? Très désolé, angoissé par ces coups de cordelettes et insultes de la rue, je ne me retrouve plus. Je ne savais plus dans quelle langue je devais m’exprimer, quelque fois en Swahili, Français, Kinyamulenge et « Lingalancais ».

Goma_Volcan

L’incident a pris toute la journée en navette entre cette partie et le camp militaire de Katindo. Une chose qui m’a fort choque était la ‘roquette’ d’une dame qui était de passage en quittant Katindo en direction de la ville. Cette roquette sans nom était constituée en une particule des résidus du volcan qui se transforment souvent en quelque chose de très dure comme une pierre. La dame qui, apparemment semblait être respectueuse, prit cette pierre qui servait de chaise pour les marchands du ‘jus’ qui s’appela « Butunda ou quelque chose de proche », la jetant avec force sur moi. La pierre m’atteint dans au niveau des côtes et d’instant je tombe et perds de connaissance.

La situation créée par cette roquette fut l’origine de notre libération tard vers 18h, après payement d’une somme d’argent en rançon bien sûr. Comme ma situation se dégradait et que ces militaires devraient possiblement, vers la nuit, être déployés dans le Masisi, ils décidèrent de nous relâcher. De tels incidents étaient vraiment compréhensibles et prévisibles considérant le contexte socio-politique des années 90. Comme l’incident ne constitue pas l’objet de ma discussion, j’ai toujours pensé que cette dame qui a agi brutalement mérite mes félicitations pour avoir inconsciemment œuvré à ma libération pendant cette journée sombre car l’eau est du diamant dans Goma. Voudriez-vous ne plus y attacher une importance afin qu’on revienne à la campagne de Lucha.

photo_chukudu_01

Goma a besoin pas seulement de l’eau mais aussi d’infrastructures routières, d’infrastructures sanitaires et scolaires, de sports et loisirs ; de mécanismes visant à créer d’emplois pour sa jeunesse, de la technologie qui transformerait le Chukudi en voiture ou vélos du contexte moderne, des conditions d’habitat pour les moins démunis, des services de sécurité qui garantissent l’avenir, de sa connexion avec le reste de ses périphéries, la promotion de ses talentueux artistes etc. Pour ce faire, la campagne visant uniquement l’accès à l’eau serait pour les déçus une demande outrancière. Donc, une demande qui pourrait être justifiée durant les années 90. Toutefois, pour les autres, cette demande est presque partielle, donc inappropriée car détachant un aspect important soit-il du reste des autres qui sont aussi primordiaux.

Goma des années 90 a inévitablement changé. Le nombre d’habitats de cette ville aurait doublée dans une période de 20 ans. La ville de Goma, n’a pas seulement vu sa population augmenter mais il y a eu des changements en termes de construction. Si ma mémoire ne m’abuse pas, Goma a connu un boom pendant toutes ces années de guerre d’un millier de villas, presque innombrables. Quand les uns crèvent de faim, ils n’ont pas où dormir, je ne trouve pas une réponse à ces spectacles des villas. La découverte et le commerce illicite des minerais, la gestion de fonds publics ont fait que certains sautent sur ces ‘opportunités’. Goma a connu aussi des moments difficiles, des guerres, bombes larguées au milieu des quartiers populaires. Enfin, n’oubliez pas l’aspect important, la ville a été une capitale des mouvements rebelles mais aussi des unités de maintien de la paix. Ca dit en grand-chose pour ceux qui attendaient le changement digne de son nom.

Tout ce qui change dans Goma serait d’ordre individuel et personnel. Les services d’ordre public semblent se ralentir. Donc, ceux qui mènent cette campagne #GomaNeedsWater sont à soutenir positivement. Ils ont vraiment besoin et droits de vivre comme les autres. Les viols, tracasseries, vols, harcèlement, longues files qui accompagnent l’accès à l’eau est insupportable dans Goma comme partout ailleurs. Toutefois, faudra-t-il demander de l’eau aujourd’hui et demain la route, après-demain l’école, la 52e semaine de l’année demande l’appropriation de la technologie chukudu etc… Et pourquoi ne pas en faire, une fois pour toute, une seule demande ? La demande que le blog propose s’orienterait uniquement dans la mise en place d’un système politico-administrative pourra aisément servir le peuple ; loin du népotisme et clientélisme. Je me répète encore une fois, c’est là que se trouve la solution à long terme qui fera que les enfants qui naissent aujourd’hui ne seront pas obligés de faire la demande de l’eau à Goma en 2035. Mes sincères acclamations pour ceux qui en font au moins une campagne que ce qui n’en font pas.

Pour savoir plus sur la Lucha, cliquez sur le lien suivant ou leur blog si je ne trompes pas http://congolucha.wordpress.com/

Ntanyoma R. Delphin

Compte Twitter @delphino12

Email: rkmbz1973@gmail.com

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

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