De Robinson à Djinnit : Urgence du Changement Climatique par rapport au « Paradis Terrestre Désillusionné »?


Mary Robinson on left & Said Djinnit on right
Mary Robinson a gauche & Said Djinnit a droite

 Alors que le temps presse, l’espoir de vivre et de jouir de ce « Paradis Terrestre » qui est la République Démocratique du Congo (RDC) ne cesse de perdre son sens. Cette déception me laisse penser que l’urgence du changement climatique, ses complexités et contours feront que je revive ce sentiment de ceux qui ont longtemps en vain attendu l’« Objectif 80 ». Entretemps, le nombre d’émissaires, envoyés et représentants spéciaux en RDC ne cessent de s’alourdir et se succéder. Malheureusement, les conditions socio-économiques du citoyen ordinaire congolais semblent stagnées ou se détériorent ; dans ce pays a potentialités économiques innombrables.

La semaine passée, Madame Mary Robinson, qui était l’envoyée Spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies dans les pays de Grands Lacs d’Afrique, depuis Mars 2013 est nommée dans le domaine du changement climatique comme Envoyée Spéciale de l’ONU. Dans la foulée, le Secrétaire Général de l’ONU nomme Said Djinnit en remplacement à Robinson. Ce changement d’envoyés spéciaux de l’ONU a intervenu pendant une période cruciale où un grand nombre des pays de la région approchent les échéances électorales. En plus des enjeux autour de préparation électorale ainsi que les manœuvres de préserver le pouvoir, le départ de Mary Robinson s’annonce alors que l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba traversait un tourment. Ce tourment était lié à la question des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) et leur désarmement.

D’ailleurs, à cause de la question des FDLR, certains pays signataires de l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba ont d’ailleurs menacé de ne plus faire partie de cet accord prétextant que les Nations Unies avaient organisé une discussion et un déplacement de certains leaders de ce mouvement rebelles Hutu rwandais installé au Congo. Le désengagement au sein de l’accord-cadre ferait penser à plusieurs scenarios plausibles qui vont dans la logique d’usage de force. En plus de cela, l’implication et la proposition de la Southern African Development Community (SADC) sur la question des FDLR semblent être moins partagées à Kigali ; alors que les FDLR restent l’un des facteurs clé pour la stabilité du Congo.

Au regard de ce qui précède, le départ de Robinson a, dans un premier temps, suscité un scepticisme et une crainte allant dans le sens de penser que l’ONU délaisse les grands lacs au profit du changement climatique. La crainte peut être interprétée comme personnelle et moins partagée. Toutefois, les deux personnalités qui se font remplacer sont des diplomates de haut-rang dans le domaine international et multilatéral. Malgré tout, leurs présences, l’un ou l’autre ne garantissent pas forcement l’espoir de voir ce « Paradis Terrestre » servir à temps son peuple.

Et pourquoi ce pessimisme ? A une dizaine d’années, je discute avec une dame un peu âgée de mon village ; une voisine qui aiment bien les enfants à l’esprit africain. Chez-elle, on pouvait trouver gratuitement des bananes, prunes et autres fruits ; une attitude probablement moins tolérable dans un esprit capitaliste moderne. Elle était une agriculteur-éleveur dont l’environnement n’a pas permis d’épanouir sa carrière et s’oriente dans le domaine marchand. Si l’environnement ne l’avait pas trahi, elle ne pouvait pas vivre dans une hutte car courageuse quelle que soit sa désillusion. L’objet de notre discussion moins formelle portait sur l’avenir de sa grande-fille âgée de 4-5 ans.

Mon avis était que sa grande-fille deviendra un jour une grande femme, c’est-à-dire être mariée et avoir des enfants car cela me paraisse comme le seul critère pour une grande dame. Notre voisine croyait presque le contraire. Elle pense qu’à un certain âge de sa grande-fille et avant son mariage, Jésus sera déjà de retour du fait que cela a été annoncé maintes fois. Même si cette date de venue de Jésus n’a jamais été précise, les sentiments de la voisine est que cela est possible aux vues de sa manière d’appréhender les signes de la fin du temps comme le disent les croyants. Durant notre discussion, du coup elle se ressaisit et fait référence à l’Objectif 80.

Et que vient faire l’objectif 80 ? Vers les années 70, son fils qui est le père de sa grande-fille faisait l’objet de notre discussion était encore jeune. Quand mes voisins dans notre village en Ngandja apprennent de ce fameux programme politique du feu Marechal Mobutu appelé « Objectif 80 », ils n’en croyaient pas car pensant encore une fois à la venue de Jésus Christ.

Les années 70 furent celles de réveil quand Ngandja tourna le dos au ‘Catholisisme’ vers le ‘Protestantisme’, si ma mémoire ne m’abuse pas. Le Scepticisme par rapport à l’Objectif 80 se situait dans la longueur du temps qui séparait l’annonce du « programme » et l’année 80 ainsi que leur espoir de voir la venue de Jésus s’approchait. Bien que le doute devrait tourner plutôt autour de l’irréalisme de ce programme, cette appréciation est presque compréhensible aux paysans qui vivent dans les milieux comme Ngandja et ses environs. Sa justification est que même à Kinshasa, les collaborateurs de Mobutu ainsi que les teneurs du pouvoir avaient fait chanter ce programme alors qu’il s’agissait d’un slogan comme tant d’autres qu’on a vécu, chanté et dansé.

En se ressaisissant, la voisine pense qu’il est encore possible que sa grande-fille deviene un jour une grande dame. A moi alors de s’enquérir de son jugement par rapport à l’Objectif 80. Sa réponse était mitigée car elle ne savait pas le contenu de ce ‘programme’. La seule information à sa portée était que Mobutu avait prédit un « Paradis Terrestre » vers les années 80. En deuxième lieu, elle a pu reconnaitre que si rien n’a presque pas changé depuis les années 70, l’aspect sécuritaire était pour elle louable comparativement au temps de la rébellion Muleliste. Un aspect, selon ses considérations qui est attribuable aux efforts de ceux qui se nomment « guerriers ». Conséquemment, il est possible de penser que la venue de Jésus qui ferait qu’elle n’admettait pas en l’Objectif 80 serait lié au fait que le paradis est biblique que politique. A moi d’en déduire qu’en 80, ce paradis est à revivre dans la nouvelle ère de Jésus. Bref, elle a été désillusionnée car ce paradis n’a pas eu lieu. Et malheureusement, ma voisine succomba d’une maladie non-soignée faute d’infrastructures sanitaires ; la venue de Jésus se réalisa pour elle.

Par la suite, il sied de rappeler que loin de l’Objectif 80, les années 90 annoncèrent encore une fois un espoir de revivre ce paradis terrestre, le Zaïre à travers la démocratie et ses corollaires. Mes convictions étaient que ce paradis raté en 80 va bientôt voir le jour. Depuis la vague de la démocratisation il y a une vingtaine d’années, ce paradis s’éloigne de plus en plus. Les événements macabres des années 90 jusqu’à nos jours vont au-delà de l’imagination et font toujours peur car pourront encore se répéter. Ces événements peuvent se répéter à cause d’intérêts politiques égoïstes d’acteurs infinis ; mais aussi la volonté des dirigeants politiques est à remettre en cause. Toutefois, le lecteur sera d’accord avec moi que la première responsabilité de faire changer notre avenir incombe au peuple qui ne doit ménager aucun effort en vue de demander ce paradis terrestre soit établi. Cela peut se faire en exigeant la volonté de la part des politiciens, car c’est notre droit irrefutable.

Voici en bref les raisons qui feraient croire que la première responsabilité incombe au peuple congolais et aux émissaires de l’accompagner.

Pour rappel, en 1960 la crise congolaise d’après indépendance a fait appel aux forces de maintien de paix ainsi que des représentants spéciaux de l’ONU. Depuis 1999, les Nations Unies ont été spécialement représentées en RDC par 7 représentants spéciaux qui se sont succédés. Il s’agit notamment de Kamel Morjane, Amos Namanga Ngongi, William Swing, Alan Doss, Roger Meece, Martin Kobler qui sont les chefs de la Mission Onusienne en DC. En plus de cela, la mission de stabilisation dite MONUSCO est actuellement composée de plus de 20000 hommes et femmes ; auxquelles s’ajoute la Brigade d’Intervention de l’ONU de plus de 3000 militaires. Tous ces personnels travaillent sous une même structure du Conseil de Sécurité des Nations Unies. A mon entendement, ces personnels agissent donc sous la ligne de conduite du conseil de sécurité tout comme les envoyés spéciaux dans la région des grands lacs.

A cote du contingent des nations Unies, les organisations comme l’Union Européenne ainsi que l’Union Africaine, les pays comme les Etats Unis ont aussi des représentants spéciaux dans cette région de grands lacs. Le rôle de cette mission onusienne est déterminant dans le contexte actuel du fait qu’ils peuvent s’interposer entre différents acteurs et puissances régionales. Mais aussi, ils peuvent user de leur influence politique pour rapprocher les divergences d’intérêts. A défaut d’un Etat capable, la présence des nations Unies est remarquable comme ça se voit en RDC. Toutefois, la responsabilité première est dans les mains des congolais et donc mon scepticisme est quelque part moins fondé.

Ceux-là qui avaient pensée comme moi que le départ de Madame Robinson serait un détournement d’attention devant une crise qui a fait des millions de morts au profit du changement climatique avait peut-être raison. Toutefois, la nomination immédiate d’un autre envoyé spécial reste soulageant et donne de l’espoir. Mais comme cela a été évoqué au-dessus, elle ne garantit pas tout, plutôt elle rappelle que ce pays est encore fragile au point qu’elle nécessite cet accompagnement. A vous et moi de rendre ces rêves réalisables en demandant aux dirigeants de ne pas surestimer leurs couts de vie, mais au contraire initier un système approprié de distribution et de redistribution de la richesse nationale. A défaut de distribuer equitablement la richesse nationale, ces dirigeants ne prédisent que ce paradis terrestre longtemps espéré est irréalisable. Alors, il nous restera que de vivre ce paradis lors de l’avènement de Jésus pour ceux qui en croient.

Ntanyoma R. Delphin

Compte Twitter @delphino12

Email: rkmbz1973@gmail.com

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

 

 

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