FDLR Renoncent aux Armes: Quel Avenir pour la Population de l’Est du Congo


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Je me suis toujours demandé quand cessera l’instrumentalisation, la prise en otage et la victimisation d’un peuple qui a longtemps souffert pour des fins qui auraient été fortement résolues si la volonté politique s’y investit. Il s’agit de l’Est du Congo qui est victime d’une appréciation erronée de la part du colonisateur, de l’absence de l’Etat après la période dite d’indépendance et la suite des guerres récurrentes depuis les années 1996. Alors qu’il a été possible de prévenir ou de résoudre ces problèmes que connait cette partie du pays, la volonté et la tendance actuelle semblent aller dans une direction moins promettant.

Les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) ont déclaré au début de cette semaine avoir renoncé à la lutte armée contre le pouvoir en place à Kigali. Ce mouvement a opéré au Congo et plus particulièrement à l’Est depuis sa formation vers années 2000. Il sied de souligner que les FDLR sont discutablement une descendance de la milice Hutu rwandaise connue sous le nom d’Interahamwe accusée d’avoir perpétré le génocide contre le Tutsi en 1994 au Rwanda. De lors, ils sont considérés comme une menace à éliminer pour le Rwanda ; mais aussi, ils constituent une menace pour la sécurité du Congo et a forte raison dans les zones où ils opèrent. Cela s’explique par les exactions commises régulièrement par ces rebelles à l’endroit de la population innocente de l’est du Congo. En plus de cela, ceux qui s’en prennent aux FDLR et surtout Kigali qui ne tolère pas leur présence dans les zones proches de sa frontière utiliseraient tous les moyens possibles sans tenir compte des dégâts que ces opérations causeraient à la population locale.

Les FDLR sont récemment estimés à un nombre moins négligeable de moins de 3000 ou même 2000 selon les dernières estimations fin 2013[1]. Dans le temps, ils ont fait l’objet de traque depuis les années 1996 jusqu’aujourd’hui et forcement sur le territoire congolais. Plus précisément, il y a eu des opérations conjointes entre l’armée congolaise (FARDC), la MONUC/MONUSCO et l’armée rwandaise (RDF) pour les anéantir mais la question a persisté. Les FDLR ne désarment pas peut-être parce qu’ils sont soutenus par des milices communautaires locaux au Congo et par les FARDC selon les accusations de Kigali réfutées par Kinshasa. L’ONU à travers la MONUSCO suspecte aussi une alliance à échelon moins institutionnalisé ou même individuel entre cette ces rebelles rwandais et certains officiers de FARDC. La plupart de ses dirigeants sont sous sanctions de l’ONU et leur cohésion devient de plus en plus fragile avec des dissensions internes et assassinats ciblés dont les FDLR sont victimes. Mais il faudra souligner que le climat socio-politique de l’Est du Congo ferait croire que les FDLR et ses groupuscules peuvent opérer pour le compte de plusieurs acteurs ou leur présence justifierait les ambitions hégémoniques.

Apres la défaite du M23, la traque des ADF-NALU les mois passés, les FDLR devrait constituer une priorité pour la MONUSCO et sa brigade d’intervention selon le Représentant Spécial de l’ONU au Congo. C’est dans la foulée que les FDLR annonce avoir déposé les armes depuis le 30 décembre[2], une déclaration relayée par les medias de la part du président intérimaire de ce mouvement. Quel espoir ce possible renoncement aux armes peut signifier pour la population meurtrie de l’Est du Congo ? S’agit-il d’un retournement rassurant pour ce peuple qui est resté longtemps victimisé ; alors que de part et d’autre des belligérants, il y a ceux qui en bénéficient ?

La position de cet article est sceptique et ne croit pas en la bonne volonté de ces belligérants qui ont trouvé, pour diverses raisons, un terrain de combat qui les avantage au détriment de notre peuple. En voici les simples raisons qui motivent ce scepticisme :

 Il est essentiel de rappeler au lecteur que le renoncement de la lutte armée de ce mouvement rebelle contre le pouvoir à Kigali peut être interprété comme un passe-temps devant la menace de la MONUSCO, un scenario plausible. D’autre part, il faudra souligner que l’annonce des FDLR est accompagnée d’une demande de dialogue inter-rwandais et l’ouverture politique par Kigali. De surcroit, la déclaration de Mr Gaston Iyamuremye annonce leur volonté de renverser pacifiquement le pouvoir en place à Kigali à défaut de la mise en  place d’un dialogue. La question prend une forme compliqué et sérieuse qui fait allusion à une demande d’appui de la part des FDLR aux dirigeants africains. Ce message rappelle les relations Rwando-Tanzaniennes émaillées des taches ce dernier temps. L’origine de ce désaccord entre Kigali et Dar-es-Salam est la déclaration du président Kikwete qui conseilla tous les pays de grand lacs de trouver des solutions négociées avec leurs opposants-rebelles. Une déclaration qui reste moins tolérable aux yeux de Kigali jusqu’à preuve de contraire.

Et d’ailleurs Kigali semble, à tort ou à raison, accuser la Tanzanie de vouloir réorganiser politiquement si pas militairement ses opposants[3]. Bien que démenti par Dar-es-Salam[4], selon Kigali, la réorganisation de ses opposants impliquerait même les anciens compagnons du président Kagame qui sont devenus d’opposant farouches à ce dernier. Ces anciens compagnons qui sont hostiles et font l’objet d’assassinat, attaques verbales et accusations peut-être parce que détenant les secrets du pouvoir en place à Kigali. A ce niveau, la donne se compliquerait et Kigali ne désarme pas et ne veut pas entendre la voix du dialogue. Conséquemment, la voie ultime serait l’usage des armes et force sur ce terrain congolais qu’on dirait maudit.

D’autre part, le lecteur se rappellerait des déclarations controversées de la MONUSCO d’une résurgence du M23[5], plus particulièrement en Ituri ainsi que le rapport récent des experts de l’ONU sur l’appui de Kigali et à moindre échelle de Kampala aux anciens rebelles du M23. Ce rapport mentionnait même un possible recrutement d’éléments au Rwanda pour renforcer le M23. Même si la récente déclaration du représentant spécial de Ban Ki Moon à l’Est du Congo rassure n’avoir pas réalisé cette réorganisation après sa visite à Kampala[6], il me parait moins convainquant pourquoi ce basculement d’opinions de la part de la MONUSCO. L’article doute fort qu’une probable réorganisation du M23 s’effectuerait inévitablement à Kasese ou dans les mains de Sultani Makenga. Il est aussi possible que d’autres personnes soient utilisées[7] si ce plan existe ou un engagement direct de Kigali sous prétexte de sa sécurité.

En dernier lieu, le scepticisme s’appuie sur la déclaration du président Kabila lors de sa visite en décembre dernier à Goma. Il a prévenu le peuple de l’est du Congo d’une guerre qui se prépare quelque part dans la région de grands lacs[8]. Il faut aussi mentionner l’existence de groupes armés multiples dans la région et qui peuvent être facilement manipulables ; le retard et les failles du programme de désarmement, démobilisation et réinsertion ; la montée des Bakata-Katanga ; l’existence des griefs communautaires non encore résolus à l’est ; le climat politique général en RDC ainsi l’incapacité de Kinshasa de répondre rapidement aux attentes de la population… Dans l’ensemble, tous ces facteurs méritent l’attention pour analyser l’avenir, la paix et la stabilité de cette partie du pays. Il importe alors de se demander si la MONUSCO tirée des plusieurs cotés sera à mesure de répondre à temps et efficacement à ces aspects.

La question est alors, s’il s’avérerait que ce scepticisme est fondé, pourquoi ce peuple doit toujours être victimisé et pris en otage pour des raisons qui ne leur avantage pas ? Est-ce que les décideurs de cette planète peuvent trouver un autre terrain et emplacement de ce probable affrontement entre ces multiples belligérants ? Au besoin, si possibilité il y a, que le financement promu par la Banque Mondiale à l’Est du Congo soit réalloué à l’aménagement de ce terrain loin de ce peuple Est-congolais pourvu que nous ne perdions pas encore des vies humaines. La question doit être prise au sérieux par les décideurs politiques afin de ne plus replonger cette partie dans les affrontements armés.    

 

Ntanyoma R. Delphin

Suivre le compte Twitter sur @delphino12

Blog : www.edrcrdf.wordpress.com


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