La RDC est-elle dans une phase d’Incertitude, d’Otage du Katanga ou du Détournement d’Attention Populaire ?


Il est difficile de résumer le climat politique de la République Démocratique du Congo (RDC) sur une page à cause de sa complexité et le nombre des acteurs incontrôlés. Pour justifier des manquements et défaillances, les gouvernants et acteurs cherchent toujours d’alibis et bouc émissaire afin de se faire épargner de condamnations. Toutefois, il apparait qu’à la longue ces justifications finiront par s’épuiser si la volonté du peuple l’exigerait.

 Les récents événements en RDC montrent que le pays est en train de traverser une autre phase qui s’apparente à celles qu’on a connu dans et qui visaient à distraire le peuple face aux manquements majeurs de ses attentes de la part de ses gouvernants.  Entretemps, les différents acteurs qui savent comment s’organisent au quotidien les jeux en RDC cherchent aussi à se positionner soit à travers des manipulations ou soit à travers les laisser-faire qu’ils peuvent obtenir de la part des services de sécurité. Enfin de compte c’est toujours le peuple qui souffre de ces manigances car les gouvernants et ces acteurs finissent par se taillent leurs parts sans se soucier de ce peuple meurtri.

 Pour rappel, le discours qui a marqué la fin des concertations nationales le 05/10/2013 a suscité un espoir pour certains; alors que pour les autres se fût un discours comme tant d’autres car évoquant des problèmes qui datent de longtemps. Le gouvernement de cohésion “nationale” qui en résulterait n’a toujours pas vu le jour, il y a presque 3 mois et le gouvernement en place gère les affaires courantes. Les raisons de ce retard restent encore inconnues. Les rumeurs font état de demandes, réseaux et attentes qui dépassent les disponibilités des postes ministériels de ce gouvernement. Certains d’autres pointent du doigt les mécontentements et luttes internes entre Katangais où des politiciens de cette province veulent avoir une mainmise sur l’affaire publique pour des visées électorales de 2016.  Il y a lieu de penser aussi aux exigences que pose ce dit gouvernement dit de cohésion nationale après les élections controversées de 2011. Malgré tout, rien ne garantit que ce gouvernement en attente puisse tenir au sérieux les multiples questions et problèmes que connait notre peuple depuis un demi-siècle. 

 D’autre part, le Mayi-Mayi Bakata-Katanga élargissent leurs incursions dans la région pourtant dénommée détenir le pouvoir actuel du fait que le chef de l’Etat y est originaire. Apparemment dirigés par  Kyungu Mutanga Gédéon, les Bakata-Katanga demandent l’implosion de la RDC pour accéder à l’indépendance de leur province. Etonnement, ils semblent avoir un fort appui dissimulé dans le milieu politique Katangais. Pour des raisons d’intimité et de discrétion, la question de cette milice-force ne se discute pas en public alors qu’elle est explosive. Certaines informations concordent sur l’appui qui leur est apporté par des anciens proches du pouvoir dans leurs activités. Toutefois, comme la question est gérée en famille, personne ne peut juger objectivement leurs revendications qui peuvent, d’une manière ou d’une autre, être fondées vues les misères que connaissent la population congolaise pendant longtemps. L’existence de
Bakata-Katanga exprime implicitement l’avis de certains congolais qui pensent que la gestion indépendante de leurs provinces serait la solution. Prouvant que la concentration aigue du pouvoir dans les mains de Kinshasa non accompagnée de livraison des services publiques aura sans doute d’effets néfastes. Ces conséquences peuvent aller dans le sens de démembrer ce grand pays. La question reste discutable bien sûr.

 Récemment, le prophète Mukungubila est monté au créneau derrière les attaques presque généralisées à Kinshasa, Kindu et Lubumbashi, le 30/12/2013. En plus de cela, il y a aussi une résurgence probable du M23 selon le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, bien que démenti par les officiels de ce mouvement. Cette résurgence reste une question inquiétante car même le chef de l’Etat Kabila l’avait annoncé lors de son passage à Goma en décembre 2013. Mais aussi, les médias et analystes n’hésitent pas d’évoquer la nomination du commissaire général de la police comme l’un des faits à l’origine des mécontentements des uns. Bien que moins convainquant à mon avis du fait que la personne nommée ayant longtemps été proche du pouvoir, la nomination peut au contraire servir de justification à ceux-là qui savent exploiter le désordre en RDC en trouvant d’alibis et bouc émissaire d’ici-là. La raison est que la nomination du Gouverneur de la Banque Centrale du Congo n’a pas été accompagnée par des attaques généralisées comme celles du 30/12/2013? Alors que ce qui se passe au juste?

 Il faudra rappeler que pendant 32 ans, le pouvoir au Zaïre n’a presque pas existé dans le vrai sens du mot. Le pouvoir s’est toujours assis sur le clientélisme et le népotisme. Toutes les fois que le peuple avait besoin d’exprimer ses vœux et demandes, le pouvoir ne recourait qu’aux co-optages et marchandages entre lui et individus. Cette pratique n’a jamais cessé d’être utilisée car ce dernier temps nous assistons à des phénomènes où le pouvoir donne priorité aux individus à la place des griefs sociaux et communautaires. Ces genres de solutions ne tiennent pas pour longtemps car n’ayant pas pansé les plaies. Voilà pourquoi nous assistons à des guerres et conflits récurrents qui dégénèrent et régénèrent des temps en temps. D’une manière particulière, l’Est du Congo est le plus frappé car les pays voisins ont déjà réalisé l’existence de ces brèches et peuvent les exploitent aisément et régulièrement.

A l’Est du Congo, nous avons été témoins des reports des guerres pour le nom de la paix. Et la paix n’aura plus de la place et de priorité quand il s’agira de protéger et de maintenir le pouvoir devant les menaces électorales. Voilà ma lecture d’un des facteurs qui ont conduit aux événements de 2012  engendra le M23. C’est alors le temps de trouver des excuses pour toutes les défaillances et mauvaise gestion de l’affaire publique. Ces types de pratiques  sont hérités du temps de Mobutu et ses alliés « mouvanciers ». Elles se répètent pour ces dernières années afin de maintenir le pouvoir qui s’appelle à tort et à travers Katangais alors qu’il s’agit des manipulations et manouvres politiciennes.

 Rien d’étonnant de ma part pour que ces récents événements s’appellent une période d’incertitude alors qu’il s’agit plutôt du désordre approfondi de 32+16. Par contre, nous assistons à des événements macabres destinées à maintenir en otage tout un peuple et à le retenir dans un climat de terreur et de fureur afin que le pouvoir se positionne comme le seul garant de la sécurité. Ce climat de terreur rende le peuple soucieux et ce dernier ne peut en aucun cas harmoniser ses actions en vue d’exiger les changements. Les facilités qu’ont bénéficiées les attaques d’une telle envergure que ça soit les Bakata-Katanga ou le prophète Mukungubila ne sont pas négligeables dans l’analyse objective de récents événements. De telles attaques ne peuvent jamais s’organiser dans une courte période; d’où la méfiance des services de sécurité dans cette affaire est à prendre en considération. 

 L’amalgame d’embarquer tous les Katangais dans ces manœuvres me semble moins consistant compte tenu des milliers des Katangais qui souffrent et périssent comme tant d’autres congolais. A mon avis, il s’agirait d’amalgame qui incriminerait même les innocents qui n’ont rien à faire avec la politique. Bien au contraire, ces innocents ont besoin d’un salut qu’ils ne savent pas où le retrouver et peuvent soutenir les initiatives dites d’indépendance du Katanga! Cet article suggère que les récents événements entrent dans l’hypothèse d’un détournement d’attention du peuple soit à travers des actions organisées par les mains invisibles du pouvoir ou bien connues d’avance  et tolérées car exploitables au profit des gouvernants.

 Enfin, il serait conseillé aux gouvernants et partenaires nationaux qu’internationaux de la RDC de s’atteler à la résolution des problèmes majeurs et lointains que connait le pays afin de boucher des multiples brèches que profitent politiciens égoïstes, tous les acteurs incontrôlés ainsi que les voisins. Il s’agit de renforcer les compétences réelles des provinces, éradiquer la corruption, la malversation, l’injustice; promouvoir une réconciliation durable basée sur la vérité et des spécificités socio-culturelles des provinces; reformer les services de sécurité et établir des mécanismes adéquats de redistribuer les ressources du pays. La liste est longue car couvrant la gouvernance toute entière, mais tout de même, la volonté des gouvernants est nécessaire et requise pour garantir la confiance.

 

NTANYOMA R. Delphin

 

Suivre sur twitter @delphino12

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